ACTE III, SCÈNE III
Devant lui. Savez-vous comment il faut paroître Pour s'emparer du cœur du comte de Sanspair? Prudent, sage; en un mot, renoncer au bon air.
le comte, en riant.
Prudent! sage! Oh, parbleu! le projet est risible.
LISETTE
Pour un amant bien tendre il n'est rien d'impossible.
LE COMTE
La maxime est touchante, elle a le tour nouveau; Et jamais l'opéra n'a rien dit de plus beau. Je veux la mettre en chant.
LISETTE
Si vous êtes bien sage, Vous songerez plutôt à la mettre en usage.
LE COMTE
Comment, diable! voilà de la précision : Cette fille a l'esprit plein de réflexion ; Et je vous avouerai qu'elle me persuade. Yotre frère, ma belle, a donc l'esprit malade?
JULIE
Un peu visionnaire; et s'il faut dire tout, Vous êtes trop charmant pour être de son goût.
LE COMTE
Il faut m'en consoler puisque je suis du vôtre: Car nous avons le don de nous charmer l'un l'autre, N'est-il pas vrai? Du moins vos beaux yeux me l'ont dit: Expliquez-vous comme eux.
JULIE
Leur langage suffit.
LE COMTE
Non. J'attends un aveu de votre aimable bouche. Ma proposition, je crois, vous effarouche.
JULIE
Il est vrai; car enfin...
LE COMTE
Ah ! vous faites l'enfant !
Dites-moi , Je vous aime; et je suis triomphant.
JULIE
Moi, vous dire cela? Dites-le-moi vous-même.
LE COMTE
Oh, parbleu! volontiers, et cent fois. Je vous aime, Et je vous fais serment que mon fidèle amour Éclatera pour vous jusqu'à mon dernier jour. Les transports que je sens vont jusques à l'extase. Si je ne vous dis vrai , que la foudre m'écrase; Puissé-je en cet instant mourir à vos genoux!
(en se levant.) Est-ce là s'expliquer? Allons, ma reine, à vous.
JULIE, d un air confus.
Monsieur, en vérité...
LE COMTE
La réponse est gentille.
LISETTE
C'est vous' répondre assez pour une honnête fille. Vous aimez, on vous aime, et j'en suis caution.
LE COMTE
Corps pour corps?
LISETTE
Oui, monsieur. Il n'est plus question