SCÈNE VIL
SANSPAIR, LA COMTESSE.
SAN SP AIR
Je débute, madame , en marquant ma surprise.
la comtesse.
Eh ! de quoi , s'il vous plaît?
SANSPAIR.
De vous voir si bien mise.
De voir dans vos cheveux ce docte arrangement; De vous voir affecter cet air, cet enjouement, Ces petites façons, ce gracieux langage, Dont les femmes du monde ont raffiné l'usage; Usage qui corrompt les esprits et les cœurs, Et qui ne peut manquer d'influer sur les mœurs. Quoi ! vous savez parler d'étoffes, de dentelles , Et vous vous abaissez jusqu'à ces bagatelles? Ou monsieur votre père a voulu me tromper, Ou la mode jamais n'a dû vous occuper: Vous devez l'ignorer, si vous êtes savante, Et sentir de l'horreur pour tout ce qu'on invente.
la comtesse.
Lvez-vous dit, monsieur?
SANSPAIR.
Je pour rois ajouter...
LA COMTESSE
Tout ce qu'il vous plaira. Je sais l'art d'écouter, Même certains discours qui pourroient me déplaire; Et j'ai, quand il le faut, la force de me taire.
sanspair, à part.
Ciel! auioit-elle encor cette perfection, Jointe si rarement à l'érudition? Une femme d'esprit se forcer au silence! Rien ne me paroît plus contre la vraisemblance.
(Ils se regardent sans rien dire.) Elle se tait pourtant. Vous ne répondez point?
LA COMTESSE
Gontinuez, monsieur; j'attends le second point. sanspair, à part.
Voilà certainement une étonnante femme!
(Ils gardent encore le silence. ) la comtesse, en souriant.
Eh bien! vos arguments sont-ils prêts?
SANSPAIR.
Non, madame.
Je n'ai plus rien à dire, et je suis confondu.
la comtesse.
Vous répliquerez donc quand j'aurai répondu? Or voici ma réponse. Une femme savante Doit cacher son savoir, ou c'est une imprudente. Si la pédanterie est un vice d'esprit Que la société de tout temps a proscrit, Et si contre un pédant tout le monde déclame ,