‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 191 sur 326 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

Souffrira-t-on son air, ses tons dans une femme? Je me le tiens pour dit ; mon sexe est condamné A se borner aux riens pour lesquels il est né. Je sais que, s'il en sort, il paroît ridicule; Qu'il faut qu'une savante en public dissimule, Et s'impose la loi de n'y briller jamais, Pour contraindre l'envie à la laisser en paix. Se tenir au niveau des femmes ordinaires, Se prêter, se livrer à des sujets vulgaires, S'asservir à la mode, en parler doctement; Voilà ce qu'elle doit affecter poliment: Au lieu que son savoir la fait passer pour folle , S'il ne se masque pas sous un dehors frivole. J'ai dit.

SANSPAIR.

Votre discours, avec sincérité, Me prouve votre amour pour la société.

LA COMTESSE

A mon âge, monsieur, faut-il que j'y renonce?

SANSPAIR.

Je vous en convaincrai bientôt par ma réponse.

LA COMTESSE

Nous allons voir. J'écoute avec attention.

SANSPAIR.

Tout esprit devient fort par l'érudition. Une femme qui joint le savoir à ses charmes , Des discours du public ne prend jamais d'alarmes ; Elle laisse en partage à de foibles esprits La mode et le bon air, objets de son mépris. Loin de chercher à plaire, elle craint cette gloire;

3oo L'HOMME SINGULIER.

Son esprit sur son cœur emporte la victoire; Aux foibles de son sexe elle sait s'arracher, Et le mépris des sots ne sauroit la toucher.

LA COMTESSE

Cette maxime-là me paroît un peu fière; Pour me persuader elle est trop singulière: Et je hais, je vous parle avec sincérité, Toute affectation de singularité.

Vous voulez ressembler, et vous êtes savante?

LA COMTESSE

Si l'on n'est singulière, est-on donc ignorante? Erreur. Je vois souvent de sublimes esprits, Des savants dont le monde admire les écrits; Mais je ne leur vois point affecter des manières Qu'on puisse avec raison prendre pour singulières : Je trouve qu'au contraire ils font tous leurs efforts Pour cacher leur savoir sous d'aimables dehors. Et si, chez les anciens, de doctes fanatiques Ont cru se distinguer sous les haillons cyniques, Les plus sages mortels ont toujours méprisé Les écarts singuliers d'un orgueil déguisé. Et Socrate , et Platon, et les sages de Grèce, D'un doux extérieur ont orné la sagesse: On ne les a point vus par singularité Rompre tous les liens de la société, Affecter des façons qui n'ont point de semblables, Et, pour se distinguer, se rendre insupportables.

sanspair, vivement.

Je verrois de sang-froid tant d'erreurs, tant d'abus!

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