ACTE III, SCÈNE VIL 3o
Pour prendre du beau monde et l'air et les manières.
san s pair, très vivement.
Moi, devenir un fat, un étourdi! madame, Quand vous m'inspireriez la plus ardente flamme, Vous ne me feriez pas varier un moment. Vous êtes, je l'avoue, un prodige charmant; Un instant m'offre en vous tant de rares merveilles, Qu'avec peine j'en crois mes yeux et mes oreilles. Vous savez être sage avec vivacité, Et la science en vous relève la beauté: Mais tous nos sentiments s'accordent mal ensemble. Et je ne puis aimer que ce qui me ressemble.
LA comtesse, en souriant.
Je n'ai plus rien à dire après un si beau trait. Pour ne plus disputer venons à mon portrait: M'y reconnaissez- vous? y trouvez-vous quelque autre'
SANSPAIR
Madame, il est trop beau pour n'être pas le vôtre.
LA comtesse, en riant.
Vous êtes très galant, quoique très singulier. Il m'appartient donc?
SANSPAIR.
Oui. Je ne puis le nier.
la comtesse.
Vous savez que chez vous je viens pour le reprendre; Vous ne refusez pas, je crois, de me le rendre? sanspair, tirant le portrait de sa poche. Madame , le voici.
LA COMTESSE
Donnez.
•it>4 L'HOMME SINGULIER.
SANSPAIR.
Oh ! doucement.
Laissez-moi, s'il vous plaît, l'admirer un moment.
{En regardmt le portrait.) Les beaux traits ! Ah ! quelsyeux ! Quelle admirable bouche ! Voilà de quoi charmer le cœur le plus farouche.
(// baise le portrait. ) Adieu, divin portrait, dont mes yeux enchantés...
la comtesse, lui voulant ôter le portrait. Monsieur, vous prenez là d'étranges libertés.
sanspair, lui rendant le portrait.
Puisque j'ai fait le crime, il faut que je l'expie.
(// la considère.) Mais que l'original surpasse la copie ! Oui, plus je vous regarde, et plus je le ressens, Quoique votre portrait ait des traits ravissants.
la comtesse, regardant le portrait.
L'art du peintre y paroît plus que la ressemblance.
sanspair, reprenant brusquement le portrait. Voilà pourtant vos yeux.
la comtesse, voulant le reprendre.
Rendez-moi...
SANSPAIR.
Patience.
Je veux vous comparer à loisir trait pour trait.
{Il regarde la comtesse et le portrait tour à tour. ) Mad ime, croyez-moi, laissez-moi ce portrait: J'aime à le regarder, j'en ai pris l'habitude; La séparation seroit pour moi trop rude.