ACTE l, SCÈNE II
JULIE
J'arrêterai le cours de ce dérèglement.
FINETTE
Vous?
Oui, mais ce n'est pas l'ouvrage d'un moment. Je ne puis le guérir de son erreur extrême Qu'en le livrant encor quelque temps à lui-même.
FINETTE
Du moins, commencez donc par n'en rien recevoir.
JULIE
Au contraire, je veux employer mon pouvoir Pour m'attirer encor des dons plus magnifiques.
FINETTE
Voilà d'un tendre amour des preuves héroïques! C'est l'amour à la mode. Avouez-moi, tout net, Que ruiner Cléon est votre unique objet? D'un si noble dessein faites-moi confidente ; Car pour vous seconder j'ai la main excellente.
JULIE
J'accepte ton secours. Oui, mon intention Est d'avoir, si je puis, ce qui reste à Cléon.
FINETTE
La chose étant ainsi , me voilà toute prête ; Et je vais commencer par un coup de ma tête... Si nous pouvions gagner le comte du Guéret!... Heureusement je crois qu'il vous aime en secret.
JULIE
Oui, Einette, j'en suis à présent trop certaine. Par de fortes raisons je lui cache ma haine;
Mais, autant que je puis, je fuis son entretien ,
Et je veux avertir Cléon...
finette, l'interrompant.
N'en faites rien.
Il trahit son ami ; c'est un fripon. N'importe : On peut tirer parti d'un homme de sa sorte. Feignez de vous laisser un peu persuader, Et dans tous nos projets il va nous seconder. C'est sans vous engager et sans lui rien promettre, Que je veux...
julie, l'interrompant à son tour.
Je vois bien qu'il faut te le permettre. Mais songe que Cléon a mon cœur et ma foi; Que je mourrois plutôt...
finette, l'interrompant encore.
Reposez- vous sur moi.
Dans votre appartement vous n'aurez qu'à m'attendre. J'ai deux projets en tête, et veux les entreprendre... Le comte vient... Je vais entamer le premier. Sortez vite.