ACTE ï, SCENE III
Tâchons de la gagner... Finette, vous rêvez?
finette, feignant de ne l'avoir pas vu. Ah! ah! c'est vous, monsieur? Je songeois... le comte, l'interrompant.
Vous avez Quelque affaire de cœur qui vous occupe ? finette.
A l'âge Où je suis parvenue, on ne seroit pas sage, Si l'on ne suivoit pas les mouvements du cœur. Le vôtre est-il tranquille? On vous trouve rêveur Depuis un certain temps; et je gage ma tête Que quelque aimable objet a fait votre conquête.
LE COMTE
Ma foi f tu gagnerois, car je suis amoureux.
FINETTE
Tout de bon?
LE COMTE
Tout de bon.
FINETTE
Par conséquent , heureux?
Qui vous résisteroit?
LE COMTE
Ton ingrate maîtresse.
FINETTE
Il est vrai que Cléon a toute sa tendresse ; Et vous vous exposez à soupirer long-temps.
LE COMTE
On peut faire changer les cœurs les plus constants; Et celui d'une femme est toujours variable.
FINETTE
J'en juge par le mien... Vous êtes fort aimable, Encor jeune, et d'un rang qui se fait respecter: A de moindres appâts on se laisse tenter. D'ailleurs, quand l'intérêt parle pour le mérite, C'est rarement en vain qu'il presse et sollicite.
le comte, l'embrassant.
Tu me charmes, Finette! et si j'ai ton secours, J'espère te devoir le bonheur de mes jours.
FINETTE
Est-ce de bonne foi que vous aimez Julie? Là , parlez franchement.
LE COMTE
Je l'aime à la folie, Et j'entreprendrois tout pour mériter son cœur.
FINETTE
Eh bien! il faudra voir jusqu'où va cette ardeur.
LE COMTE
Commençons par savoir si l'aimable Finette Voudra parler pour moi?
FINETTE
Tout ce qui m'inquiète, C'est que, si je vous sers, je vous donne moyen De trahir votre ami.
LE COMTE
Bon ! cela ne fait rien.
Cléon est uu ami si fou, si ridicule, Que l'on peut le berner sans le moindre scrupule.
FINETTE
Je croyois, moi (jugez de ma simplicité! ),