ACTE III, SCÈNE V. /f
CLÉON
Mon oncle , la science A des attraits si vifs î
GÉRONTE
J'ai fait l'expérience, Mon neveu, qu'un docteur est souvent un grand sot. L'étude appesantit, et n'est point votre lot. On peut , par-ci par-là, vaquer à la lecture; Mais c'est folie à vous de forcer la nature. A gouverner vos biens soyez très diligent; Mangez peu, dormez bien, et comptez votre argent Quand vous vous ennuyez.
J'en fais tous mes délices.
GÉRONTE
Plus on aime l'argent et moins on a de vices: Le soin d'en amasser occupe tout le cœur; Et quiconque s'y livre y trouve son bonheur. Un ami qu'on implore , ou refuse, ou chancelle. L'argent est un ami toujours prompt et fidèle. Le plaisir d'entasser vaut seul tous les plaisirs. Dès qu'on sait que l'on peut remplir tous ses désirs, Qu'on en a les moyens, notre ame est satisfaite... De tout ce que je vois je puis faire l'emplette, Et cela me suffit. J'admire un beau château... Il ne tiendrait qu'à moi d'en avoir un plus beau , Me dis-je... J'aperçois une femme charmante! Je l'aurai , si je veux , et cela me contente. Enfin , ce que le monde a de plus précieux Mon coffre le renferme , et je l'ai sous mes yeux,
44o LE DISSIPATEUR.
Sous ma main; et, par-là, l'avarice qu'on blâme
Est le plaisir des sens, et le charme de l'ame.
CLÉON
Que c'est bien dit, mon oncle! Aussi mon plus grand s< Est de thésauriser.
PASQuin, à Géronte.
J'en suis un bon témoin...
C'est un charme de voir comme mon maître amasse î
clÉon, à Géronte.
J'ai beaucoup dépensé; mais, à la fin , tout lasse. Je n'ai plus de plaisir qu'à compter de l'argent.
finette, à Géronte.
Et qu'à le dépenser... comme un homme prudent.
géronte, à Cléon. Fort bien !
CLÉON
Je ne veux plus manger mon bled en herbe. géronte, examinant l'habit de Cléon.
Vous portez là pourtant un habit bien superbe.
, CLÉON
J'achève de l'user, au lieu de le donner.
GÉRONTE
Bon!... Quand il sera vieux, faites-le retourner; Puis il vous durera cinq ou six ans encore. cléon, lui faisant la révérence.
Je n'y manquerai pas.
GÉRONTE
Le faste...
c l É o N , t interrompant.
Je l'abhorre.