SCÈNE IV
LÉANDRE, madame CATAU.
LÉANDRE
Ma chère Catau, j'ai entendu une partie des discours qui se sont tenus ici. J'en ai ri de bon cœur, et je vois que tu as conduit cette intrigue avec tant d'adresse que je t'embrasserois volontiers pour te remercier, si mon tambour ne m'en empèchoit pas.
m««« catau.
Voilà un esprit bien gaillard... (l'examinant avec attention.) Ma foi! plus je vous considère, plus vous me confirmez ce qu'on a toujours dit,
ïo2 LE TAMBOUR NOCTURNE.
que vous ressembliez à feu monsieur le baron,
comme si vous eussiez été son frère jumeau.
LÉANDRE
Si je n'étois pas son frère, au moins étois-je son cousin. On se ressemble de plus loin , comme tu sais. D'ailleurs la précaution que j'ai eue, de concert avec toi, de prendre un de ses habits, doit augmenter merveilleusement la ressemblance... Mais, raisonnons un peu. Tu sais que j'aime passionnément ta maîtresse , et qu'elle m'a > • défendu de paroître devant elle, parceque j'ai osé lui parler de mon amour?
Mme CATAU.
Oui, je lésais, et qu'elle croit que le dépit vous a fait retourner à Paris.
LÉANDRE
J'allois partir, en effet, quand le petit fat de marquis arriva. La jalousie me fit résoudre à rester, pour trouver les moyens de le bannir d'auprès d'elle , et c'est pour cela que j'ai pris le parti de faire l'esprit.
Mme CATAU.
Vous me devez, il est vrai, cette idée... Cependant . n'êtes -vous pas surpris , dites-moi, que je puisse me résoudre à tromper ma maîtresse pour trois cents pistoles que vous m'avez promises?