ACTE II, SCÈNE XI. i
1er tant de gens que la curiosité attire céans. Après qu'ils ont entendu le tambour, on ne peut pas les renvoyer sans souper.
la baronne, ironiquement.
En effet, cela seroit incivil.
m. pincé, lisant.
Item. Deux quartauts de vin de Bourgogne... ^interrompant sa lecture.) Ces gens-là ne peuvent pas souper sans boire.
la baronne, ironiquement.
Il y auroit conscience!... Il faut avouer, monsieur Pincé, que vous faites des commentaires merveilleux sur tous les articles de votre dépense.
M. PINCÉ
Item. Donné aux gens de monsieur le marquis soixante bouteilles de vin nouveau... ( interrompant Sa lecture.) Gela s'est fait par votre ordre... Item. Une bouteille de ratafia à madame Gatau.
LA BARONNE
Oh ! pour cet article-là , c'est vous-même qui tous êtes donné l'ordre.
M. PINCÉ
Vous observerez, s'il vous plaît, madame, qu'après avoir grondé tout le jour elle a besoin de quelque liqueur qui lui restaure la poitrine. Le ratafia est un cordial innocent qui enflamme le zèle de madame Gatau pour vos intérêts, et
i3G LE TAMBOUR NOCTURNE,
qui lui donne la force de crier et de retenir vos domestiques dans le devoir... (riant.) Hé, hé, hé ! pardonnez- moi cette petite saillie de gaieté. (riant encore.) Hé, hé, hé!
LA BARONNE
Oh ! monsieur Pincé , vous avez toujours de bonnes raisons pour justifier madame Catau. Je prévois qu'à la fin vos vieilles amours aboutiront au mariage.
M. pincé, riant de nouveau.
Hé, hé, hé, hé! ( lisant. ) Item. Douze livres de chandelles aux domestiques... ( interrompant sa lecture. ) C'étoit pour brûler pendant la nuit.
LA BARONNE
Pendant la nuit! Comment! ces canailles -là ne peuvent plus dormir sans lumière? En vérité, cela devient trop violent. Quel remède apporter à ce désordre-là? Je vous demande conseil.
M. PINCÉ
Madame, il y a deux choses à faire pour y remédier : Primo, c'est de ne plus régaler les personnes du voisinage que la curiosité attire céans tous les soirs; secundo, c'est de chasser d'ici cet esprit invisible et son tambour.
Voilà une division fort savante; mais je n'en suis pas plus avancée.