ACTE II, SCÈNE IX
un homme qui apporte ce portrait, qui vient chercher celui à qui il appartient ; je l'interroge : à tout ce qu'il répond , je reconnois Dorante. C'est un petit portrait de femme ; Dorante m'aime jusqu'à refuser sa fortune pour moi : je conclus donc que c'est moi qu'il a fait peindre. Ai-je eu tort? J'ai pourtant mal conclu. J'y renonce ; tant d'honneur ne m'appartient point. Je crois voir toute l'étendue de ma méprise, et je me tais.
AR AMIHTE.
Ah ! ce n'est pas là une chose bien difficile à deviner. Vous faites le fâché, l'étonné', monsieur le comte ; il y a eu quelque malentendu dans les mesures que vous avez prises : mais vous ne m'abusez point ; c'est à vous qu'on apportoit le portrait. Un homme dont on ne sait pas le nom, qu'on vient chercher ici, c'est vous monsieur, c'est vous.
M A R T H ON , d'un air sérieux.
Je ne crois pas.
M'ne ARGANTE.
Oui, oui, c'est monsieur. A quoi bon vous en défendre? Dans les termes où vous en êtes avec ma fille, ce n'est pas là un si grand crime ; allons, convenez-en,
LE COMTE, froidement.
Non, madame, ce n'est point moi, sur mort
a48 LES FAUSSES CONFIDENCES,
honneur : je ne connois pas ce monsieur Rémi ; comment auroit-on dit chez lui qu'on auroit de mes nouvelles ici? Cela ne se peut pas. M™e ARGÀNTE, d'un air pensif.
Je ne faisois pas attention à cette circonstance.
Bon ! qu'est-ce que c'est qu'une circonstance de plus ou de moins? Je n'en rabats rien. Quoi qu'il en soit, je le garde ; personne ne l'aura. Mais quel bruit entendons-nous ? Voyez ce que c'est , Marthon.