ACTE I, SCÈNE VII
vous supplie, le plaisir de la lui donner vousmême: la lire est la seule grâce que je lui demande. Et si à mon tour, madame , je poiivois jamais vous obliger....
LA MAUQuiSE, l'interrompant.
Eh ! qui est-ce qui en doute ? Dès que vous êtes capable d'une vraie tendresse , vous êtes né généreux, cela va sans dire; je sais à présent votre caractère comme le mien ; les bons cœurs se ressemblent , chevalier. Mais la lettre n'est point cachetée.
LE CHEVALIER
Je ne sais ce que je fais dans le trouble où je suis. Puisqu'elle ne l'est point, lisez-la, madame : vous en jugerez mieux combien je suis à plaindre; nous causerons pluslong-temps ensemble, et je sens que votre conversation me soulage.
LA MARQUISE
Tenez, sans compliment , depuis six mois je n'ai eu de moment supportable que celui - ci; et la raison de cela, c'est qu'on aime à soupirer avec ceux qui vous entendent. Lisons la lettre.
{Elle lit.) « J'avois dessein de vous revoir encore , Angé- ««lique; mais j'ai songé que je vous désoblige- « rois, et je m'en abstiens. Après tout, qu'au-
« rois-je été chercher? Je ne saurois le dire; tout
« ce que je sais , c'est que je vous ai perdue , que
« je voudrois vous parler pour redoubler la dou-
«< leur de ma perte , pour m'en pénétrer jusqu'à
« mourir...
(Répétant les derniers mots, et s interrompant.)
« Pour m'en pénétrer jusqu'à mourir . » Mais cela est étonnant: ce que vous dites là, chevalier, je l'ai pensé mot pour mot dans mon aftliction ; peut-on se rencontrer jusque-là? En vérité vous me donnez bien de l'estime pour vous; achevons.
(Elle relit.)
« Mais c'est fait, et je ne vous écris que pour « vous demander pardon de ce qui m'échappa « contre vous à notre dernière entrevue. Vous u me quittiez pour jamais , Angélique ; j'étois au «désespoir, et dans ce moment -là je vous u aimois trop pour vous rendre justice ; mes re- « proches vous coûtèrent des larmes , je ne vou- « lois pas les voir ; je voulois que vous fussiez « coupable , et que vous crussiez l'être , et j'a- « voue que j'offensois la vertu même. xVdieu, « Angélique, ma tendresse ne finira qu'avec ma « vie, et je renonce à tout engaoement : j'ai voulu « que vous fussiez contente de mon cœur, afin