ACTE III, SCÈNE XII. 3o
nORAME.
J'ai tout perdu : j'avois un portrait, et je ne l'ai plus.
A quoi vous sert de l'avoir? Vous savez peindre.
DORANTE
Je ne pourrai de long-temps m'en dédommager. D'ailleurs celui-ci m'auroit été bien cher. Il a e'té entre vos mains, madame.
Mais vous uêtes pas raisonnable.
DORAWTE.
Ahî madame, je vais être éloigné de vous. Vous vous serez assez vengée. N'ajoutez rieu à ma douleur, •b llKlchj ob 9 ; ARAMINTE. tEiin oi s;
Vows clonner mon portrait! Songez-vous que ce seroit avauer que je vous aiiin;?
UORANTE.
Que vous m'aimez, madame ! Quelle idée ! qui pourroit se l'imaginer?
A R A M I N T E , d'uii toti vif et naif. Et voilà pourtant ce qui in'arrive.
n o R A N T E , se jetant a ses (jenoux. Je me meurs!
3o8 LES FAUSSES CONFIDENCES.
ARAMINTE
Je ne sais plus où je suis. Modérez votre joie : levez-vous, Dorante.
DORANTE, se levant, et tendrement.
Je ne la mérite pas. Cette joie me transporte. Je ne la mérite pas , madame : vous allez me l'ôter; mais n'importe, il faut que vous soyez instruite.
A RAM IN TE, étonnée.
Gomment ! que voulez-vous dire?
DORANTE
Dans tout ce qui s'est passé chez vous il n'y a rien de vrai que ma passion, qui est infinie, et que le portrait que j'ai fait. Tous les incidents qui sont arrivés partent de l'industrie d'un domestique , qui savoit mon amour, qui m'en plaint, qui, par le charme de l'espérance du plaisir de vous voir, m'a, pour ainsi dire, forcé de consentir à son stratagème; il vouloit me faire valoir auprès de vous. Voilà, madame, ce que uion respect, mon amour, et mon caractère, ne me permettent pas de vous cacher. J'aime encore mieux regretter votre tendresse que de la devoir à l'artifice qui me l'a acquise ; j'aime mieux votre haine que le remords d'avoir trompé ce que j'adore.