ACTE I, SCÈNE VII
DOR AN TE
Ma foi ! je ne serois pas surpris quand ce seroit aussi l'histoire de tous les maîtres.
Le trait est joli assurément; mais je te le répète encore, je ne suis point faite aux cajoleries de ceux dont la garde-robe ressemble à la tienne.
DORANTE
C'est-à-dire que ma parure ne te plaît pas?
SILVIA
Non, Bourguignon; laissons là l'amour, et soyons bons amis.
DORANTE
Bien que cela : ton petit traité n'est composé que de deux clauses impossibles.
SiLvi A, a part.
Quel homme pour un valet! (/lauf.) Il faut pourtant qu'il s'exécute ; on m'a prédit que je n'épouserai jamais qu'un homme de condition, et j'ai juré depuis de n'en écouter jamais d'autres.
DORANTE
Parbleu ! cela est plaisant ; ce que tu as juré pour homme, je l'ai juré pour femme, moi'; j'ai fait serment de n'aimer sérieusement qu'une fille de condition.
SILVI A.
Ne t'écarte donc pas de ton projet.
DORANTE
Je ne m'en écarte peut-être pas tant que nous le croyons; tu as l'air bien distinigué, et l'on est quelquefois fille de condition sans le savoir.
SILVI A.
Ah ! ah ! ah ! je te remercierois de ton élojje , si ma mère n'en faisoit pas les frais.
DORANTE
Eh bien! venge-t-en sur la mienne, si tu me trouves assez bonne mine pour cela.
SILVI A, à part.
11 le raériteroit. ( haut. ) Mais ce n'est pas là de quoi il est question; trêve de badinage, c'est un hommedeconditionquim'est prédit pour époux, et je n'en rabattrai rien.
DORANTE
Parbleu! si j'étois tel, la prédiction me menaeeroit ; j'aurois peur de la vérifier : je n'ai pas de foi à l'astrologie, mais j'en ai beaucoup à ton visage.
SILVI A, à part.
Il ne tarit point, (haut.) Finiras-tu.^ Que t'importe la prédiction, puisqu'elle t'exclut?
DORANTE
Elle n'a pas prédit que je ne t'aimerois point