SILVIA, DORANTE
SILVIA, rt part.
ils se donnent la comédie ; n'importe , mettons tout à profit ; ce garçon-ci n'est pas sot, et je ne plains pas la soubrette qui l'aura ; il va m'en conter; laissons-le dire , pourvu qu'il m'instruise. DORANTE, h part.
Cette fille-ci m'étonne ; il n'y a point de femme au monde à qui sa physionomie ne fît honneur : lions connoissance avec elle... (/lauf.) Puisque'
336 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, nous sommes dans le style amical, et que nous avons abjuré les façons, dis-moi, Lisette, ta maîtresse te vaut-elle? Elle est bien hardie d'oser avoir une femme de chambre comme toi.
SILVIA
Bourguignon, cette question -là m'annonce que, suivant la coutume, tu arrives avec l'intention de me conter des douceurs; n'est-il pas vrai?
DORANTE
Ma foi! je n'étois pas venu dans ce dessein-là, je te l'avoue ; tout valet que je suis , je n'ai jamais eu de grandes liaisons avec les soubrettes : je n'aime pas l'esprit domestique ; mais à ton égard , c'est une autre affaire. Comment donc ! tu me soumets, je suis presque timide, ma familiarité n'oseroit s'apprivoiser avec toi ; j'ai toujours envie d'ùter mon chapeau de dessus ma tête; et quand je te tutoie, il me semble que je joue; enfin j'ai un penchant à te traiter avec des respects qui te feroient rire. Quelle espèce de suivante es -tu donc avec ton air de princesse?
SILVIA
Tiens, tout ce que tu dis avoir senti en me voyant est précisément l'histoire de tous les valets qui m'ont vue.