ACTE II, SCENE I. 35i
M. ORGON
Ne t'en embarrasse pas , Lisette , va ton chemin.
LISETTE
Je VOUS le répète encore, le cœur de Dorante va bien vite : tenez , actuellement je lui plais beaucoup, ce soir il m'aimera, il m'adorera demain ; je ne le mérite pas , il est de mauvais goût, vous en direz ce qu'il vous plaira; mais cela ne laissera pas que d'être, voyez-vous; demain je me garantis adorée.
M. ORGON
Eh bien ! que vous importe ? S'il vous aime tant, qu'il vous épouse.
LISETTE
Quoi ! vous ne l'en empêcheriez pas ?
M. ORGON
Non, d'homme d'honneur , si tu le mènes jusque-là.
LISETTE
Monsieur, prenez-y garde: jusqu'ici je n'ai pas aidé à mes appas, je les ai laissés faire tout seuls, j'ai ménagé sa tête; si jem'enmêle,jelarenverse, il n'y aura plus de remède.
M. ORGON
Renverse, ravage, brûle, enfin épouse; je te le permets, si tu le peux7
35^ LE JEU DE L'AMOUll ET DU HASARD.
LISETTE
Sur ce pied-là , je compte ma fortune faite.
M. ORGON
Mais, dis-moi, ma fille t'a -t- elle parlé ? Que pense-t-elle de son prétendu ?
LISETTE
Nous n'avons encore guère trouvé le moment de nous parler, car ce prétendu m'obsède; mais, à vue de pays , je ne la crois pas contente : je la trouve triste, rêveuse , et je m'attends bien qu'elle me priera de le rebuter.
M. ORGON
Et moi, je te le défends : j'évite de m'expHquer avec elle , j'ai mes raisons pour faire durer ce déguisement. Je veux qu'elle examine son futur plus à loisir.Mais le valet, comment se gouvernet-il ? Ne se mêle-t-il pas d'aimer ma fille?
LISETTE
C'est un original: j'ai, remarqué qu'il fait l'homme de conséquence avec elle, parcequ'il est bien fait. Il la regarde et soupire.
M. ORGON
Et cela la fâche?
LISETTE
Mais... elle rougit.