SCÈNE I
DORANTE, PASQUIN
PASQriN.
Hëias ! monsieur, mon très honore maître, je vous en conjure.
DORANTE
Encore?
PASQUIN
Ayez compassion de ma bonne aventure; ne portez point guignon à mon bonheur, qui va son train si rondement : ne lui fermez point le passage.
DORANTE
Allons donc , misérable ; je crois que tu te moques de moi ! Tu mériterois cent coups de bâton.
PASQUIN
Je ne les refuse point, si je les mérite; mais, quand je les aurai reçus, permettez-moi d'en
LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD. 891 mériter d'autres. Voulez-vous que j'aille chercher le bâton?
Maraud !
PASQUIN
Maraud, soit; mais cela n'est point contraire à faire fortune.
DORANTE
Ce coquin ! quelle imagination il lui prend !
PASQXJIN.
Coquin est encore bon ; il me convient aussi. Un maraud n'est point déshonoré d'être appelé coquin ; mais un coquin peut faire un bon mariage.
DORANTE
■ Comment, insolent! tu veux que je laisse un honnête homme dans l'erreur, et que je souffre que tu épouses sa fille sous mon nom? Écoute, si tu me parles encore de cette impertinence-là, dès que j'aurai averti monsieur Orgon de ce que lu es, je te chasse, entends-tu?
PASQDIK.
Accommodons - nous : cette demoiselle m'adore, elle m'idolâtre; si je lui dis mon état de vnlet, et que, nonobstant, son tendre cœtirsoit toijjours friand de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons ■*
DORANTE
Dès qu'on te connoîtra , je ne m'en embarrasse plus,
PASQniN.
Bon ! et je vais de ce pas prévenir cette généreuse personne sur mon habit de caractère ; j'espère que ce ne sera pas un galon de couleur qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer à la table en dépit du sort qui ne m'a mis qu'au buffet.