ACTE m, SCÈNE IV. S.jj
Mais que vous a-t-il dit dans le petit entretien que vous avez eu tête à tête avec lui ?
MARIO
Je n'ai jamais vu d'homme, ni plus intrigué, ni de plus mauvaise humeur.
M. ORGON
Je ne suis pas fâché qu'il soit la dupe de son propre stratagème; et d'ailleurs, à le bien prendre, il n'y a rien de si flatteur ni de plus obligeant pour lui que tout ce que tu as fait jusqu'ici, ma fille : mais en voilà assez.
MARIO
Mais où en est-il précisément, ma sœur?
Hélas! mon frère, je vous avoue que j'ai lieu d'être contente.
MARIO
Hélas! mon frère, me dit- elle. Sentez- vous cette paix douce qui se mêle à ce qu'elle dit?
M. ORGON
Quoi! ma fille, tu espères qu'il ira jusqu'à t'offrir sa main sous le déguisement où te voilà?
81 L VI A
Oui, mon cher père, je l'espère.
MARIO
Friponne que tu es, avec ton cher père ; tu ne
4oo LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD, nous grondes plus à présent ; tu nous dis des douceurs.
SÏLVIA.
Vous ne me passez rien.
MARIO
Ah, ah ! je prends ma revanche. Tu m'as tantôt chicané sur les expressions, il faut bien à mon tour que je badine un peu sur les tiennes ; ta joie est bien aussi divertissante que l'étoit ton inquiétude.
M. ORGON
Vous n'aurez point à vous plaindre de moi , ma fille-, j'acquiesce à tout ce qui vous plaît.
Ah, monsieur! si vous saviez combien je vous aurai d'obligation ! Dorante et moi, nous sommes destinés l'un pour l'autre; il doit m'épouser. Si vous saviez combien je lui tiendrai compte de ce qu'il fait aujourd'hui pour moi , combien mon cœur gardera le souvenir de l'excès de tendresse qu'il me montre ; si vous saviez combien tout ceci va rendre notre union aimable: il ne pourra jamais se rappeler notre histoire sans m'aimer, je n'y songerai jamais que je ne l'aime. Vous avez fondé notre bonheur pour la vie, en me laissant faire : c'est un mariage unique; c'est une aventure dont le seul récit est