ACTE III, SCÈNE VIII. 4iS
SI L VI A
Mais je pense , par exemple , que vous avez du dégoût pour la fille de monsieur Orgon.
Ne voyez-vous que cela ?
SILVIA
Il y a bien encore certaines choses que je pourrois supposer ;maisje ne suis pas folle, et je n'ai pas la vanité de m'y arrêter.
DORANTE
Ni le courage d'en parler; car vous n'auriez rien d'obligeant à me dire. Adieu, Lisette.
SILVIA
Prenez garde ; je crois que vous ne m'entendez pas, je suis obligée de vous le dire.
DORANTE
A merveille ! et l'explication ne me seroit pas favorable: gardez-moi le secret jusqu'à mon départ.
SILVIA
Quoi! sérieusement, vous partez?
DORANTE
Vous avez bien peur que je ne change d'avis.
SILVIA
Que vous êtes aimable d'être si bien au fait!
DORANTE
Cela est bien naïf: adieu. (// s'en va.)
4i6 LE JE0 DE L'AMOUR ET DU HASARD, s 1 1< V 1 A , « part.
S'il part, je ne l'aime plus, je »e l'épouserai jamais... {^Elle le regarde aller.) Il s'éifrrête pourtant, il rêve, il regarde si je tourne la tête. Je ne saurois le rappeler, moi... Il seroit pourtant singulier qu'il partît après tout ce que j'ai fait... Ah ! voilà qui est fini, il s'éW va ; je n'ai pas tant de pouvoir sur lui qite je le croyois : mon frère est un maladroit ; il s'y est mal pris : les gens indifférents gâtent tout. Ne sùis-je pas bien avancée? quel dénouement! Dorante reparoît pourtant; il me semble qu'il revient; je me dédis donc, je l'aime encore. . . Feignons de sortir, afin qu'il m'arrête : il faut bien que notre réconciliation lui coûte quelque chose.
DORANTE, V arrêtant.
Restez, je VOlis prie, j'ai encore quelque chose à vous dire.
SILVIA
A moi, monsieur?
DORANtE.
J'ai de la peine à partir sans vous avoir convaincue que je n'ai pas tort de le faire.
SILVtA.
Eh ! monsieur, de quelle conséquence est-il de vous justifier auprès de moi? Ce n'est pas la