LISETTE, LUBIN
LISETTE
La voilà qui soupire, et c'est toi qui en es cause , butor que tu es ; nous avons bien affaire de tes pleurs.
LUBIN
Ceux qui n'en veulent pas n'ont qu'à les laisser : ils ont fait plaisir à madame ; et monsieur le chevalier l'accommodera bien autrement, car il soupire encore bien mieux que moi.
LISETTE
Qu'il s'en garde bien. Dis-lui de cacher sa douleur; je ne t'arrête que pour cela: ma maîtresse n'en a dëja que trop, et je veux tâcher de l'en guérir, entends-tu?
LUBIN
Pardi! tu cries assez haut.
LISETTE
Tu es bien brusque. Eh ! de quoi pleurez-vous donc tous deux? Peut-on le savoir?
i8 LA. SURPRISE DE L'AMOUR.
LUBI5.
Ma foi, de rien. Moi, je pleure, parceque je jeveuxbien; car, si je voulois, je serois gaillard.
LISETTE
Le plaisant garçon !
LUBI N.
Oui, mon maître soupire, parcequ'il a perdu une maîtresse ; et, comme je suis le meilleur cœur du monde, moi, je me suis mis à faire comme lui pourl'amuser; de sorte, que je vais toujours pleurant sans être fâché ^ seulement par compliment. LISETTE rit.
Ah! ah! ah! ah!
LUBiN, riant.
Eh! eh! eh! tu en ris: j'en ris quelquefois de même, mais rarement ; car cela me dérange. J'ai pourtant perdu aussi une maîtresse, moi; mais, comme je ne la verrai plus, je l'aime toujours sans en être plus triste. ( // rit. ) Eh ! eh ! eh !
LISETTE
Il me divertit. Adieu. Fais ta commission , et ne manque pas d'avertir monsieur le chevalier de ce que je t'ai dit.
L u B I N , riant.
Adieu , adieu.
LISETTE
Comment donc ! tu me lorgnes, je pense?