‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 9 sur 319 · LISETTE, LUBIN · texte numérisé non relu

LISETTE, LUBIN

LISETTE

La voilà qui soupire, et c'est toi qui en es cause , butor que tu es ; nous avons bien affaire de tes pleurs.

LUBIN

Ceux qui n'en veulent pas n'ont qu'à les laisser : ils ont fait plaisir à madame ; et monsieur le chevalier l'accommodera bien autrement, car il soupire encore bien mieux que moi.

LISETTE

Qu'il s'en garde bien. Dis-lui de cacher sa douleur; je ne t'arrête que pour cela: ma maîtresse n'en a dëja que trop, et je veux tâcher de l'en guérir, entends-tu?

LUBIN

Pardi! tu cries assez haut.

LISETTE

Tu es bien brusque. Eh ! de quoi pleurez-vous donc tous deux? Peut-on le savoir?

i8 LA. SURPRISE DE L'AMOUR.

LUBI5.

Ma foi, de rien. Moi, je pleure, parceque je jeveuxbien; car, si je voulois, je serois gaillard.

LISETTE

Le plaisant garçon !

LUBI N.

Oui, mon maître soupire, parcequ'il a perdu une maîtresse ; et, comme je suis le meilleur cœur du monde, moi, je me suis mis à faire comme lui pourl'amuser; de sorte, que je vais toujours pleurant sans être fâché ^ seulement par compliment. LISETTE rit.

Ah! ah! ah! ah!

LUBiN, riant.

Eh! eh! eh! tu en ris: j'en ris quelquefois de même, mais rarement ; car cela me dérange. J'ai pourtant perdu aussi une maîtresse, moi; mais, comme je ne la verrai plus, je l'aime toujours sans en être plus triste. ( // rit. ) Eh ! eh ! eh !

LISETTE

Il me divertit. Adieu. Fais ta commission , et ne manque pas d'avertir monsieur le chevalier de ce que je t'ai dit.

L u B I N , riant.

Adieu , adieu.

LISETTE

Comment donc ! tu me lorgnes, je pense?

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