SCENE IX. i
LA COMTESSE
Je VOUS suis obligée du petit condpliment que vous me faites en passant.
LE MARQUIS
Point du tout. Je le dis exprès.
LA COMTESSE, riant.
Comment? Vous qui ne voulez pas que j'aie encore des amis,est-ce que vous n'êtes pas le mien?
Vous m'excuserez : mais, quand je serois autre chose, il n'y auroit rien de surprenant.
LA COMTESSE
Eh bien ! je ne laisserois pas que d'en être surprise.
LE MARQUIS
Et encore plus fâchée.
^ LA COMTESSE
En vérité , surprise. Je veux pourtant croire que je suis aimable , puisque vous le dites.
LE MARQUIS
Oh charmante! Et je serois bien heureux, si Hortense vous ressembloit; je l'épouserois d'un grand cœur : et j'ai bien de la peine à m'y résoudre.
LA COMTESSE
Je le crois ; et ce seroit encore pis , si vous aviez de l'inclination pour une autre.
i48 LE LEGS.
LE MARQUIS
Eh bien ! c'est que justement le pis s'y trouve.
LA COMTESS^.^ par exclamation.
Oui ! vous aimez ailleurs ?
LE MARQUIS
De toute mon ame.
LA COMTESSE, CTi souriant.
Je m'en suis doutée, marquis.
LE MARQUIS
Eh ! vous êtes-vous doutée de la personne?
LA COMTESSE
Non ; mais vous me la direz.
LE MARQUIS
Vous me feriez grand plaisir de la deviner.
LA COMTESSE
Eh ! pourquoi m'en donneriez -vous la peine, puisque vous voilà?
LE MARQUIS
C'est que vous ne connoissez qu'elle ; c'est la plus aimable femme, la plus franche. Vous parlez de gens sans façon ; il n'y a personne comme elle ; plus je la vois, plus je l'admire.
LA COMTESSE
Épousez-la, marquis , épousez-la , et laissez là Hortense : il n'y a point à hésiter ; vous n'avez point d'autre parti à prendre.