SCÈNE IX. i
LA. COMTESSE
Je me porte assez bien . Mais savez-vous bien que vous me dites des douceurs sans y penser?
LE MARQUIS
Pourquoi, sans y penser? Moi, j'y pense.
Gardez-les pour la personne que vous aimez.
LE MARQUIS
Eh ! si c'étoit vous ? il n'y auroit que faire de les garder.
LA COMTESSE
Comment ! si c'étoit moi ? Est-ce de moi qu'il s'agit? Est-ce une déclaration d'amour que vous me faites?
LE MARQUIS
Oh! point du tout. Quand ce seroit vous, il n'est pas nécessaire de se fâcher. Ne diroit-on pas que tout est perdu? Calmez -vous. Prenez que je n'aie rien dit.
LA COMTESSE
La belle chute ! Vous êtes bien singulier.
LE MARQUIS
Et vous de bien mauvaise humeur. Ah ! toutà-l'heure, à votre avis, on avoit si bonne grâce à dire naïvement qu'on aime. Voyez comme cela réussit. Me voilà bien avancé!
i54 LE LEGS.
;-A COMTESSE
Ne le voilà-t-il pas bien reculé ? A qui en avezvous? Je vous demande à qui vous parlez?
LE MAAQUIS.
A personne, madame, à personne. Je ne dirai plus mot. Etes-vous contente? Si vous vous mettez en colère contre tous ceux qui me ressemblent, vous en querellerez bien d'autres.
LA COMTESSE, à part.
Quel original ! ( haut.) Eh ! qui est-ce qui vous querelle ?
LE MARQUIS
Ah ! la manière dont vous me refusez n'est pas douce.
LA COMTESSE
Allez, vous rêvez.
LE MARQUIS
Courage ! Avec la qualité d'original, dont vous venez de m'honorer tout bas, il ne me manquoit plus que celle de rêveur. Au surplus, je ne m'en plains pas. Je ne vous conviens point, qu'y faire? Il n'y a plus qu'à me taire , et je me tairai. Adieu , comtesse, n'en soyons pas moins bons amis; et du moins ayez la bonté de m'aider à me tirer d'affaire avec Hortense.
(// s'en va.)