SCÈNE IX. i5i
LA COMTESSE
Hélas ! elle seroit donc Lien difficile ? Mais , marquis, est-ce qu'elle ne sait pas que vous l'aimez?
LE MARQUIS
Non , vraiment ; je n'ai pas osé le lui dire.
LA COMTESSE
Et le tout par timidité? Oh! en vérité, c'est la pousser trop loin; et tout amie des bienséances que je suis, je ne vous approuve pas : ce n'est pas se rendre justice.
LE MARQUIS
Elle est si sensée , que j'ai peur d'elle. Vous me conseillez donc de lui en parler?
LA COMTESSE
Et cela devroit être fait. Peut-être vous at* tend-elle. Vous dites qu'elle est sensée : que craignez-vous? Il est louable de penser modestement sur soi ; mais , avec de la modestie , on parle , on se propose. Parlez, marquis, parlez ; tout ira bien.
LE MARQUIS
Hélas! si vous saviez qui c'est, vous ne m'exhorteriez pas tant. Que vous êtes heureuse de n'aimer rien, et de mépriser l'amour!
LA COMTESSE
Moi, mépriser ce qu'il y a au monde de plus
i52 LE LEGS,
naturel! cela ne seroit pas raisonnable. Ce n'est pas l'amour, ce sont les amants, tels qu'ils sont la plupart, que je méprise, et non pas le sentiment qui fait qu'on aime , qui n'a rien en soi que de fort honnête et de fort involontaire: c'est le plus doux sentiment de la vie ; comment le haïrois-je?Non, certes; et il y a tel homme à qui je pardonnerois de m' aimer, s'il me l'avouoit avec cette simplicité de caractère, tenez, que jelouois tout-à-l'heure en vous.
LE MARQUIS
En effet, quand on le dit naïvement comme on le sent...
LA COMTESSE
Il n'y a point de mal alors. On a toujours bonne ffrace ; voilà ce que je pense. Je ne suis pas une ame sauvage.
LE MARQUIS
Ce seroit bien dommage. Vous avez la plus belle santé.
LA COMTESSE, à /?arf.
Il est bien question de ma santé, (haut.) C'est l'air de la campagne.
XE MARQUIS
L'air de la ville vous fait de même : l'œil le plus vif, le teint le plus frais...