SOPHIE, CONSTANCE, ARGANT
A R G A N T , à Sophie.
Ma nicce, comment donc entendez-vous la chose?
s o r H I E , en reifarilant Constance. Vous a-t-on dit vrai?
Mais, ma foi , je le suppose.
SOPHIE
Après ce que madame à dii vous confier, Votre dessein n'est plus de me sacrifier.
ARG A NT
Moi te sacrifier, quand je veux au contraire
Te donner pour époux quelqu'un qui t'a su plaire,
Damon!
SOPH I E
Qui vous a fait ces confidences-là?
ARGANT
Eh ! c'est apparemment madame que voilà,
Qui t'approuve, et qui croit qu'une fille à ton âge
Doit commencer d'abord par un bon mariage.
SOPHIE
Oui , s'il en étoit un.
ARGANT
Parbleu, c'est pour ton bien,^i^^ — Pour te faire jouir d'un sort pareil au sien. /
SOPHI E
Quoi ! vous me souhaitez un semblable partage? '*
i6 LE PRÉJUGÉ A LA MODE.
(en montrant Constance. ) Madame est donc heureuse?
On ne peut davantage.
SOPHIE
l".st-ce elle qui le dit?
CONSTAXCE.
Je dois en convenir.
SOPHIE
Voilà des nouveautés qu'on ne peut prévenir.
Ma crainte cependant n'est pas moins légitime.
Je veux bien pour Damon avoir un peu d'estime,
Plus que je n'en avoue, et que je ne m'en crois;
Peut-être^ si ui^n sexe^ajjusj;tjnt dejais ,
Pouvoit espérer d'être heureux en mariage^
Je choisirois Oamon... L'exemple me rend sage.
Madame . j'ai des yeux, et je vois assez clair.
Je remarque aujourd'hui qu'il n'est plus du bon air
B^aimer u'ie ç'ompagne à qui l'iiii- s'associe ;
Cet usag^ n'esjt plus^que.chez.Ja^bPUrgepi^ie:
Mais ailleurs on a t'ait de l'amour conjugal
Un parfait ndjcule^ uy trayeràjani; égal.
Un époux à présent n'ose plus j,ej3ar,âtre;
On lui reprocheroit tout ce qu'il voudroit être;
Il faut fiu'il sacrifie au^préjugécru^l
Les plaisirs d'un amour permis et mutuel :
En vainJJ est épris d'une épouse qui l'aime;
ta mode le subj^ugue en dépit de lui-même.
Et le réduit bientôt à la nécessité
De passer de la honte à l'infidélité.