ACTE m, SCENE VI
Vous m'étonnez fort.
Est-ce long-temps avant qu'elle ait fini son sort? En quai endroit?
THÉO DON
Sortez d'une erreur trop cruelle.
Je vous ai retrouvé cette épouse fidèle, Toujours dijjne de plaire et de vous enflammer. Elle respire encore, et c'est pour vous aimer.
LE MARQUIS
Mélauide?
THÉO DON
Oui; la mort n'a point tranché sa vie. Depuis qu'entre vos bras elle vous fut ravie Elle n'a point cessé d'aimer et d'espérer.
LE M A R C.) u I s.
Ah! de grâce, un moment, laissez-moi respirer: De tous les coups du sort, ce n'est pas là le moindre. Mais où falloit-il donc aller pour la rejoindre? Qu'ai-je à me reprocher? où n'ai-je point erré? Au fond de quel désert n'ai-je point pénétré? Quel charme nous rendoit l'un à l'autre invisibles? Il est donc pour l'amour des lieux inaccessibles? Par-tout, mais vainement , j'avois porté mes pas. Lorsque de toutes parts ou m'apprit son trépas.
Monsieur, on vous trompoit.
LE MARQUIS
Mais son silence même M'a toujours confirmé dans cette crieur extrême.
i68 MÉLAXrDE.
Ah! devoit-elle ainsi me laisser si long-temps
Déplorer des malheurs que j'ai crus trop constants?
THÉODON
Ne lui reprochez rien.
LE MARQUIS
Sur les moindres nouvelles, Soyez sûr que l'amour m'auroit donné des ailes.
TH ÉODO.N.
Eh! ne lui faites point ce reproche indiscret ; Ses lettres ont été soustraites en secret : Avec trop de rigueur elle étoit observée.
LE MARQUIS
Eh! comment donc, monsieur, l'avez- vous retrouvée
THÉODOX.
Elle n'est plus en proie au courroux trop réel D'une mèi'e infle.\ible et d'un père cruel, Et c'est depuis trois mois qu'avec leur destinée Leur tyrannie affreuse est enfin terminée.
LE MARQUIS
Ah, Mélanide! hélas! quel moment prenez-vous Pour venir réclamer le cœur de votre époux? Malgré moi , malgré lui, l'amour vous a trahie : Je ne l'ai plus ce cœur, il est à Rosalie. Ce n'est point sans combats qu'il s'est enfin rendu ; Je l'ai trop disputé , je l'ai trop défendu , Pour oser espérer de pouvoir le reprendre ; Il est trop tard.
THÉODO.V.
Commeut? et qu'osez-vous m'apprendre: