THÉODON, MÉLANIDE
MÉLANIDE
Telle est de mon refus la cause nécessaire. D'Arviane est outré : mais que pouvois-je faire? Quand j';iurois consenti, rien n'eût été conclu. Dans cette occasion , n'auroit-i! pas fallu Faire de notre état l'histoire infortunée? Dorisée eût alors rompu cet hyinénée.
Et pourquoi sans besoin vouloir s'humilier? Répandre ses malheurs c'est les multiplier.
.Tai cru que mon jirojet vous seroit plus utile.
Cet hymen à présent me paroit difficile:
Quel dommage! il pouvoit nous rendre tous heureux.
MÉLANIDE
Voilà tous mes secrets: ils sont si douloureux, Qu'il faut les arracher les uns après les autres.
TH ÉODON.
Il est peu de malheurs aussi grands que les vôtres.
MÉLANIDE
Voyez la cruauté du sort qui me poursuit.
Quand tout semble contraire à l'ingrat qui me fuit,
Quand je puis à mon gré lui ravir ma rivale,
176 MÉLANIDE
Il faut qu'il se rencontre une raison fatale
Qui me force à laisser combler mon déshonneur.
Pour mon malheureux fils et pour moi quelle horreur!
Mais enfin croyez-vous qu'on soit assez barbare
Pour nous livrer tous deux aux pleurs qu'on nous prépare?
THÉODON
Je le crains.
Vos efforts seroient infructueux?
On a tant de pouvoir sur un cœur vertueux! Le sien est fait pour l'être; il l'étoit, j'en suis sûre. Eh! pourquoi voulez- vous qu'il devienne parjure? Vous êtes effrayant, quand l'espoir me séduit.
THÉODON
Je voudrois, en l'état où le sort vous réduit, Pouvoir, sans vous tromper, dissiper vos alarmes. Mais, hélas! je ne puis que partager vos larmes: Je tremble que bientôt, peut-être dès ce jour, Votre époux ne vous soit arraché par l'amour. Tout m'alarme pour vous, et rien ne me rassure : Peut-être en ce moment signe-t-il son parjure.
MÉLANIDE
Ah, perfide! arrêtez; c'est l'arrêt de ma mort... Vous n'empêcherez pas un si cruel accord?
THÉODON
Eh, madame! comment?
MÉLANIDE
Votre pitié se lasse ?
THÉODON
On me fait un secret de tout ce qui se passe