‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 141 sur 295 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

LE MARQUIS

On ne hait pas toujours ceux qu'on rend malheureux

Cet aveu n'adoucit mes maux qu'en apparence, Si vous ne me voyez qu'avec indit'férence.

LE marquis.

(à pari.) Croyez que je vous plains. Tous mes sens sont troublés

d'à II v I a n e.

Votre pitié m'est chère. Ah! si vous la réglez Sur l'état où je suis, elle doit être extrême.

LE MARQUIS

Je sais qu'il est cruel de perdre ce qu'on aime.

d'aRVI AN E.

J'ai bien d'autres sujets de me désespérer. Je serois trop heureux de n'avoir à pleurer Qu'une si douloureuse et si triste infortune : Cette perte, après elle, eu entraîne encore une. Ou ii'é})rouva jamais un revers plus affreux. Hélas! j'avois un père illustre, généreux, Digne d'être à jamais ma gloire et mon modèle; Je ne pouvois sortir d'uue source plus belle. Vain bonheur! au mépris de l'amour paternel. Il veut couvrit son sang d'un opprobre éternel ; A ses premiers liens il s'arrache de force. Et va sacrifier au plus affreux divorce La nature, ihymen et l'amour gémissant.

Je serai dénué de tout ce qu'en naissant Le plus vil des mortels apporte avec la vie. Malheureux d'être né, je vais porter envie

196 AIELAMDE.

A tous ceux qui dévoient me voir au-dessus d'eus :

J'en deviens le dernier et le plus malheureux...

Je vous vois attendri I je me flatte, jespère

Que vous ne prenez pas le parti de mon père.

LE MARQUIS

Il seroit malaisé de le justifier.

d'aRVI AXE.

En vous entièrement je puis donc me fier.

Je suis trop malheureux pour n'être pas timide :

Dans cette extrémité, je vous prends pour mon guide.

LE MARQOIS.

Moi?

Vous-même. A qui donc puis-je mieux m'adresser? Ma confiance, hélas! doit-elle vous blesser? Par bonté , dites-moi ce qu'il faut que je fasse. Mon père va bientôt combler notre disgrâce : Avant qu'un autre hymen le sépare de nous , Ne pourrois-je, en tremblant, embrasser ses genoux i* Croyez-vous qu'un refus puniroit mon audace? Quoi I mon père...! \h , monsieur ! mettez-vous à ma place; Supposez un moment que je sois votre fils : Que feriez-vous? Parlez.

LE MARQUIS, à pari.

Sauroit-il qui je suis?

( a dArviane. ) ^

Je vous offre à jamais l'amitié la plus tendre... De mes soins les plus doux vous devez tout attendre.

d'aRVI AXE.

Puis-je me contenter d'un vain soulagement?

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