ACTE V, SCÈNE
Hélas! je sais toujours excuser ce que j'aime. Vous causez, malgré vous, mon infortune extrême. Une si loujjue absence et le bruit tle ma mort Ont rendu votre cœur le maître de son sort. Je de vois succomber. La fortune jalouse Dès long-temps auroit dû vous ravir votre épouse : Pardonnez si j'em])runte encore un nom si doux, Je cède à Ihabitude, elle me vient de vous. Mais, sans parler de moi ni de ma destinée. Je vous remets le fruit du plus tendre byménée. J'aurois lieu d'espérer que cet ijifortuné Ne démentiroit point le sang dont il est né, Et qu'il pourroit vous être aussi cber qu'à sa mère. Daignez donc vous charger de toute sa misère; Permettez qu'il s'élève en secret sous vos yeux : Il n'aura plus que vous... Recevez mes adieux.
(à d'Arviane.) Et vous, à vos vertus faites-vous reconnoilre. Me pardonnerez-vous de vous avoir fait naître? O mon fils!
I. E M A r. Q u 1 s , à Mélanidc. N'imputez qu'à ma confusion Si j'ai paru rester dans l'indécision.
Avez-vous pu me croire assez de barbarie Pour vous abandonner, vous que j'ai tant chérie . Vous dont j'ai si long-temps déploré le trépas, Vous en qui je retrouve un cœur et des appas Dignes d'être adorés de tout ce qui respire? Que n'avez-vous plus tôt réclamé votre empire? Avant que de revoir un objet si touchant,
30O MÉLANIDE
J'ai cru ne pouvoir vaincre un coupable penchant ; Mais j'éprouve, en sortant de cette erreur extrême, Qu'en me>endant à vous je me rends à moi-même. Mon cœur et mon amour vont se renouveler, Heureux que vous ayez daigné les rappeler!
{en l'embrassant.) Quelle félicité m'alloit être ravie !
Je vous retrouve donc !
Cher auteur de ma vie!
LE marquis.
( à d Arviane. ) ( a Mùlanidc. )
Oui , je suis votre père. Oui , je suis votre époux. Que l'amour et l'hymen nous réunissent tous!
{àDorisée.) Madame, vous voyez dans quelle douce chaîne , Aussi bien que l'amour, mon devoir me ramène!
DORISÉE.
Je ne puis qu'applaudir et vous féliciter: J'eusse été la pVemière à vous solliciter. LE MARQUIS, à Dorisée.
Pourriez-vous détourner votre choix sur un autre, Et souffrir que mon fils devînt aussi le vôtre? Nous serions tous heureux.
DORISÉE.
J'accepte cet honneur LE marquis, à Alélanide.
Ne consentez- vous pas de même à leur bonheur .'