ACTE I, SCENE IV. 2i
La petite cousine étoit donc entre vous Le sujet prétendu d'un entretien si doux?
DOLIGNI FILS.
Et vous aussi.
LE MARQUIS
Qui? moi, j'étois de la partie?
ROSETTE
Eh! vraiment oui. Monsieur en est fort amoureux.
LE MARQUIS
Ah , ah !
ROSETTE
Comme il vous croit un rival dangereux (Car, pour peu que l'on aime , on a peur de son ombre), Il me communiquoit sa crainte et son erreur.
Il ne pourroit voir sans terreur
Que vous fussiez aussi du nombre De ceux que Marianne a soumis à ses lois.
LE MARQUIS
Est-il vrai, Doligni?
DOLIGM FILS.
Mais, si j'avois le choix, J'aimerois mieux ailleurs te voir rendre les armes.
C'est être en ma faveur un peu trop prévenu.
( à Rosette. ) Et (jue lui disois-tu pour calmer ses alarmes?
ROSETTE
Mais nous en étions là quand vous êtes venu ; Et j'alloisà peu près lui dire, ce me semble. Qu'il ne peut se fonder aucune liaison
siC L'ÉCOLE DES MERES.
Entre deux cœurs qui n'ont ensemble Aucun de ce> rapports qu'exige la raison : Il faut savoir uous vaincre avec nos propres armes. S'il se forme entre amants de ces nœuds pleins de charmes Que l'amour et le temps ne font que redoubler, L'étoile n'y fait rien. Voilà tout le mystère : C'est qu'au moins par le cœur et par le caractère
Il faut un peu se ressembler.
Venons à Marianne.
LE MARQUIS
Elle est d'une figure A faire dans le monde un jour bien du fracas.
ROSETTE
Sans doute, et cependant elle n'en fera pas.
LE MARQUIS
Pourquoi ce malheureux augure?
Et d'où diable le tires-tu ?
ROSETTE
Le bon sens fut toujours ami de la vertu. Malgié le train qui régne en ce siècle commode, Marianne suivra celui du bon vieux temps, Et ne prendra jamais ces travers éclatants Qu'il faut avoir pour être une femme à la mode. J'ai dit. Vous entendez cet avis indirect. Par.lonnez, au surplus, si dans cette occurrence Je ii'aî pas eu pour vous le plus profond respect: J'y rentre , et je vous fais mon humble révérence.