MADAME ARGANT, ROSETTE
Mme ARGA>T.
Le marquis viendra-t-il?
ROSETTE
Un peu de patience.
Je l'ai fait avertir; il ne tardera pas. A quelques importuns qui retardent ses pas Il achève à présent de donner audience.
Mme ARGAXT.
Ah, Rosette!
ROSETTE
Comment! qui vous fait soupirer?
Mme ARGAXT.
Mon fils.
ROSETTE
En quoi, madame, y peut-il conspirer?
N'étes-vous pas toujours la plus heureuse mère?
Mme A K GANT.
Je crains que ce bonheur ne soit qu'une chimère.
ROSETTE
De la part du marquis que s'est-il donc passé'' Vous seroit-il moins cher?
M^ie A R G A N T.
Je rouijis de le dire; Mon amour va poiu' lui toujours jusqu'au délire.
ROSETTE
L'excès eu est permis, quand il est bien placé. '
Miuc A ne A NT.
Fil ! qui me répondra que mon fils le mérite?
Ros ETTE, à part.
Ma foi , ce n'est pas moi. N'allons pas à l'appui D'un accès de raison qui passera Lien vite.
( haut. ) Qu'avez-vous découvert qui vous déplaise en lui? Il me semble pourtant qu'il est toujours de même.
M«nc A R G A N T.
C'est de quoi je me plains.
ROSETTE
Ma surprise est extrême Eh! peut-il être mieux sans y perdre? Il est bien.
( à part. ) S'il cessoit d'être un fat, il ne seroit plus rien.
(haut.) Madame, dépouillons les préjugés vulgaires.
Il a bien des défauts, ou je me trompe fort.
ROSETTE
S'il a quelques défauts , ils lui sont nécessaires
M^ne ARGANT.
Comment?
ROSETTE
Je le soutiens, et nous serons d'accord.
sM L'ÉCOLE DES MÈRES.
Quoi ! trouvez-vous mauvais qu'il soit l'homnie de France
Qui sait le mieux choisir une étoffe de goûtj
Qui s'habille et se met avec une élégance
Qu'on cherche à copier, sans en venir à bout?
|Lui reprocheriez- vous, dans l'humeur oii vous êtes,
,' Qu'il aime un peu le luxe et la frivolité, Qu'il cherche à ressembler aux gens de qualité. Qu'il aime le plaisir, et contracte des dettes? Eh ! n'en voulez-vous pas faire un homme de cour?
Mme ARGAXT.
C'est le projet flatteur qu'a formé mon amour.
ROSETTK.
Ne vous plaignez donc point.
M«»e A R G A NT.
Mais es-tu bien certaine...
ROSETTE
11 ira loin. Pour moi, je n'en suis point eu peine.
Mine ARGANT.
J'en accepte l'augure... A propos de cela. Conçois-tu mon mari?
ROSETTE
La demande est nouvelle I Est-ce qu'on peut jamais concevoir ces gens-là?
Mme ARGANT.
Son obstination me paroît bien cruelle.
ROSETTE
Oui , sa prévention contre un fils si bien né...
Mme ARGA>'T.
Est le pi-emier chagrin qu'il m'ait jamais donné.