‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 165 sur 295 · MADAME ARGANT, ROSETTE · texte numérisé non relu

MADAME ARGANT, ROSETTE

Mme ARGA>T.

Le marquis viendra-t-il?

ROSETTE

Un peu de patience.

Je l'ai fait avertir; il ne tardera pas. A quelques importuns qui retardent ses pas Il achève à présent de donner audience.

Mme ARGAXT.

Ah, Rosette!

ROSETTE

Comment! qui vous fait soupirer?

Mme ARGAXT.

Mon fils.

ROSETTE

En quoi, madame, y peut-il conspirer?

N'étes-vous pas toujours la plus heureuse mère?

Mme A K GANT.

Je crains que ce bonheur ne soit qu'une chimère.

ROSETTE

De la part du marquis que s'est-il donc passé'' Vous seroit-il moins cher?

M^ie A R G A N T.

Je rouijis de le dire; Mon amour va poiu' lui toujours jusqu'au délire.

ROSETTE

L'excès eu est permis, quand il est bien placé. '

Miuc A ne A NT.

Fil ! qui me répondra que mon fils le mérite?

Ros ETTE, à part.

Ma foi , ce n'est pas moi. N'allons pas à l'appui D'un accès de raison qui passera Lien vite.

( haut. ) Qu'avez-vous découvert qui vous déplaise en lui? Il me semble pourtant qu'il est toujours de même.

M«nc A R G A N T.

C'est de quoi je me plains.

ROSETTE

Ma surprise est extrême Eh! peut-il être mieux sans y perdre? Il est bien.

( à part. ) S'il cessoit d'être un fat, il ne seroit plus rien.

(haut.) Madame, dépouillons les préjugés vulgaires.

Il a bien des défauts, ou je me trompe fort.

ROSETTE

S'il a quelques défauts , ils lui sont nécessaires

M^ne ARGANT.

Comment?

ROSETTE

Je le soutiens, et nous serons d'accord.

sM L'ÉCOLE DES MÈRES.

Quoi ! trouvez-vous mauvais qu'il soit l'homnie de France

Qui sait le mieux choisir une étoffe de goûtj

Qui s'habille et se met avec une élégance

Qu'on cherche à copier, sans en venir à bout?

|Lui reprocheriez- vous, dans l'humeur oii vous êtes,

,' Qu'il aime un peu le luxe et la frivolité, Qu'il cherche à ressembler aux gens de qualité. Qu'il aime le plaisir, et contracte des dettes? Eh ! n'en voulez-vous pas faire un homme de cour?

Mme ARGAXT.

C'est le projet flatteur qu'a formé mon amour.

ROSETTK.

Ne vous plaignez donc point.

M«»e A R G A NT.

Mais es-tu bien certaine...

ROSETTE

11 ira loin. Pour moi, je n'en suis point eu peine.

Mine ARGANT.

J'en accepte l'augure... A propos de cela. Conçois-tu mon mari?

ROSETTE

La demande est nouvelle I Est-ce qu'on peut jamais concevoir ces gens-là?

Mme ARGANT.

Son obstination me paroît bien cruelle.

ROSETTE

Oui , sa prévention contre un fils si bien né...

Mme ARGA>'T.

Est le pi-emier chagrin qu'il m'ait jamais donné.

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