ACTE II, SCENE VIII
l't qu'un jour votre fils seroit aussi le mien. D'ailleurs, cette beauté qu'il aime, quelle est-elle?
M. DO Lie; M.
Marianne.
Ma nièce? \
M. DOLIGM.
Oui ; depuis quatre mois Il n'a pas pu la voir sans y fixer son choix.
M. ARGANT
Marianne est l'objet dont son ame est charmée ?
M. DOLIG.NI.
La présence décide; on se prend par les yeuv: S'il eût vu votre fille, il l'eût sans doute aimée.
M. ARGANT
Son choix revient au même : il n'en sera pas mieux. Voyez en même temps ma douleur et ma joii*. Ouvrez-moi votre sein : que mon cœur s'y déploie; Comme un dépôt sacré, recevez un secret Que ma tendre amitié vous taisoit à regret. Cette jeune orpheline, où tant de beauté brille, Que votre fils adore, et que vous chérissez...
M. DOLIG.M.
Eh bien?... Vous vous attendrissez!
M. ARGANT
Otte nièce...
M. DOLIGiM.
Achevez.
M. ARGANT
Marianne est ma fille. :?s=*^
M. DOLIGXI.
Que ni'apprenez-vous là ?
M. ARGANT
Mon amour paternel A trouvé le moyen , à l'insu de sa mère, De retirer ici cette fille si chère Qu'elle vouloit laisser dans un cloître éternel. Marianne se croit la fille de mou frère, Et n'imagine pas qu'elle soit chez son père.
M. DOLlGXI.
Bon!
M. ARGANT
Elle est dans la bonne foi.
M. DOLIGNI.
Comment a-t-elle pu vous croire ?
f M. ARGANT.
Je n'ai pas eu de peine à forjjer une histoire. Feu mon frère eut toujours 1 ■ même nom que moi : C'est ce qui m'a servi ; d'autant plus que ma fille, ■"Qui fut mise au couvent dès l'àfje de deux ans , TS'a pas trop entendu parler de sa famille, Et n'a vu de sa \ e aucun de ses parents. K'ayani pas pu gagner sur ma femme obstinée D'aller ju-.qu'à Poitiers voir cette infortunée, Et n'étant que trop sûr qu'elle veut, malgré moi , Immoler à son fils cette triste victime, Le détour que j'ai pris m'a paru légitime. C'est la nécessité qui m'en a fait la loi ; Et c'est, pour m'excuser, sur quoi je me retranche.