‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 187 sur 295 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

M. ARGAXT, M. DOLIGXr.

M. DOLIGNI.

Vousvévez? ^

M. ARGANT

J'ai lie quoi. Depuis trente ans au plus Que. dépourvu de biens, car jamais je n'en eus,

Je m'en fus à la Martinique,

Où j'épousai madame Arjjant, Il faut que mon esprit soit devenu gothique,

Ou Paris bien extravagant.

M. DOLIGM.

Ami, c'est l'un et l'autre. Après trente ans d'absence , A peine revenu depuis sis mois en France, Dont vous avez passé le tiers hors de Paris, Tout vous paroît nouveau. Ne soyez pas surpris,

Si vous ne savez plus les êtres.

Mais rendons-nous justice, et n'avons plus d'humeurs Nous sommes vieux, les temps amènent d'autres mœur Avions-nous conservé celles de nos ancêtres? Nos enfants, à leur tour, occupent le tapis.

L'LCOLE DES MERKS 2C>i

Tout roule et roulera toujours de mal en pis : Par une extravafîance une autre est abolie: f

D'àje en âge on ne fait que changer de folie. — i

Je le vois bien. Il faut qu'au sujet du dîner Je vous f^sse un aveu naïf et véritable. ICxcepté le rôti, je n'ai pu deviner Le nom d'aucun des plats qu'on a servis à taWe.

M. OOLIGNI.

Je n'en ai pas non plus reconnu la moitié. Tout change de nature, à force de mélange.

M. ARGANT

Il faut être sorcier pour savoir ce qu'on mange. C'est encore au dessert où j'ai ri de pitié , De nous voir assommés d'un fatras de verràilles, Garni de marmousets et d'arbustes confus Qtii font un Lois-taillis où l'on ne se voit plus Qu'au travers de mille broussailles.

Et tout cet attirail , pièce à pièce aiiporté '

Par un maître valet, par d'autres escorté, Est une heure à ranger sui- le lieu de la scène , Et tient, en attendant, tout le monde à la gêne. Quels convives, d'ailleurs! Je veux être pendu , Oui, si j'ai rien compris, si j'ai rien entendu A l'étrange jargon qu'ils parloient tous ensemble Tous les fous de Paris étoient de ce repas.

M. DOLir. NI.

Doucement. Vous u'ypensez pas.

Ce sont de beaux esprits que le marquis rassemble, Et qui dans votre hôtel ont ouvert leur bureau.

sfi4 L'ECOLE DES MERES.

M. ARGAXT.

Miséricorde! Quel fléau!

Quel déluge maudit d'insecles incommodes! lîieii n'y manque. J'en dois remercier mon fds. Je ne m'attendois pas à trouver mon logis Plein de chevaux, de chiens, d'auteurs, et de pagodes. Mais enfin laissons là ces propos superflus; Eevenons au sujet qui me touche le plus. C'est Marianne. Eh bien! m'avez-vous fait la grâce De parler à ma femme?

M. DOLIGNI.

Oui , mais je ne tiens rien :

Elle veut au marquis assurer tout son bien; Et je ne compte pas que ce dessein lui passe, A moins que votre fille...

M. A RGANT.

Il n'est donc plus d'espoil^ J't'spérois que ses soins, sa tendresse, et ses charmes, Sur le cœur de ma femme auroient plus de pouvoir ; Elle n'a recueilli que des sujets de larmes.

M. DOLIGNI.

Mais peut-on s'empêcher de s'en laisser charmer?

M. ARUANT.

Elle auroit dû s'en faire aimer.

Hélas! je rapportois cette douce espérance. Quel retour! je ne puis y penser sans effroi.

Loin de répondre à l'apparence, Le projet et le piège ont tourné contre moi.

M. DOLIGNI.

Votre position est fâcheuse.

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