ACTE HT, SCENE IL iGç
MARIANNE
C'est l'hymen de son fils, tel qu'il est projeté.
M. ARC A NT
Marianne, est-ce à toi d'appuyer sa demande?
A qui donc? Pour tous deux j'implore vos bontés : C'est l'établissement le plus considérable... Vous la désespérez, si vous n'y consentez; C'est faire à votre fils un tort irréparable.
M. ARGANT
Prétendre que son fils soit le seul possesseur Et l'unique héritier de toute sa fortune! Et ma fille?
MARIANNE
Est-il vrai que vous en ayez une?
M. ARGANT
Oui. Si le frère a tout, que deviendra la sœur?
Loin de prendre parti pour elle, Je te vois la première à la persécuter.
MARIANNE
Moi, je ne lui veux point de mal ; et si mon zèle...
M. ARGANT
Mais, tiens, pour me résoudre et pour m'exécuter, Je m'en rapporte à toi. Tu sais ce qu'on propose; Supposé que tu sois cet enfant malheureux A qui sa mère apprête un sort si rigoureux, Prends sa place un moment, fais-en ta propre cause, Et ne consulte ici que ton propre intérêt.
MARIANNE
Je me serois déjà prononcé mon arrêt.
M. ARGANT
Quoi! malgré les soupirs et les larmes d'un père...
MARIANNE
Pourrois-je assurer mieux le repos de ses jours, Qu'en cédant au malheur de déplaire à ma mère? A quoi me serviroit de m' obstiner toujours A braver mon destin? Quelle en seroit l'issue? D'aliéner vos cœurs, d'en écarter l'amour, De déchirer toujours le sein qui m'a conçue. De me faire encor plus haïr de jour en jour. Pourquoi me consulter dans cette conjoncture?
Toute autre, et votre fille aussi, Vous en diroit autant ; et je ne sers ici
Que d'interprète à la nature.
M. ARGANT
(à M. Doligni. ) Tu me perces le cœur. Jugez donc si j'ai lieu De déclarer son sort.
M. DOLIGNI.
C'est votre femme. Adieu.
M. ARGANT
Ne vous éloignez pas.