ACTE III, SCÈNE III
M. ARGANT
Ah ! vous pouvez compter sur elle en toute chose. On ne peut mieux plaider une méchante cause.
M™e ARGANT.
Fh, l'a-t-elle gagnée?... Eh (juoi ! vous vous taisez?
M. ARGANT
Qu'evigez-vous de moi !
Mme ARGANT.
Quel est donc ce langage?
M. ARGANT
Ne vous souvient-il |)lus qu'un fils trop fortuné N'est pas l'unique et le .seul gage
Dont notre heureux hymen ait été couronné? Permettez que je vous rappelle
Qu'il en fut encore un conçu dans votre sein. Voyez quel est votre dessein ,
Si vous en conservez un souvenir fidèle.
Mme ARGAST.
Je pourrois avoir quelque tort :
Mais cette fille enfin dont vous plaignez le sort. Quand nous l'envoyâmes en France Pour être élevée en couvent, Etoit dans sa plus tendre enfance.
M. ARGANT
Hélas ! je me le suis reproché bien souvent.
Mine ARGANT.
Depuis, je ne l'ai point revue.
Dans mon cœur, il est vrai, l'absence a triomphé. / L'éloignement, l'oubli, le temps, ont étouffé /
La tendresse que j'aurois eue, /
Si vous aviez laissé cet enfant sous mes yeu?c:
Vous n'auriez jamais eu de reproche à me faire;
Eh! je ne demandois pas mieux.
Vous ne voulûtes pas : il a fallu vous plaire;
Et mon fils en a profité.
MARIANNE
Mais ma tante a raison; elle se justifie. C'est votre faute à vous.
M. A R G A N T , « Marianne.
Laisse-moi, je te prie.
Vous verrez que c'est moi qui manque d'équité! Tout peut se réparer. Daignez voir votre fille; Que je vous la présente; accordez-moi ce bien.
Mme ARGANT.
Que faire d'un enfant qui n'est au fait de rien , Qui n'a jamais vécu qu'à l'ombre d'une grille, Qui, sans doute, en a pris l'air, l'esprit et le goût? Monsieur, il n'est plus temps; et j'ose vous répondre Que, de la tête aux pieds, il faudroit la refondre.
Et qu'on n'en viendroit pas à bout.
Qui vient tard dans le monde y joue un triste rôle.
Pour apprendre à s'y comporter, L'n parloir de province est une triste école.
MARIANNE
Sans doute.
M. ARGAKT.
A Marianne on peut s'en rapporter.
Elle sort du couvent. Voyez un peu ma nièce; Oui , voyez comme elle est : vous connoissez aussi Sou esprit et sa gentillesse ;