ACTE IV, SCKNE VllI. 3o
D'où viennent ces regards fiutifs et curieux Qu'où attache en seciet sur toute ma personne?
M. ARGANT
Eh mais ! tout cela vient du plaisir de te voir : C'est qu'ici tout le moiide t'aime.
MARIANNE
Quoi donc! ai-je changé^ ne suis-je plus la même?
Ils ont d'autres mot fs que je ne puis s.ivoir.
Et par quelle aventure, à nulle autre pareille ,
K'est-ce que d'aujourd'hui qu'on m'examine ainsi;
Et qu'en me regardant tout le monde d'ici
Sourit avec malice, et se parle à l'oreille? it
Et ma tante elle-même, avec la dureté
La plus grande et la plus cruelle.
Vient de me chasser de chez elle :
Elle a poussé la cruauté
Jusques à me déFendre à jamais sa présence.
M. ARGANT
D'où pourroit lui venir un courrou.v si soudain?
Et moi tout éperdue, examinant en vain Ma triste et timide innocence, Je suis venue ici ; j'ai trouvé votre tils. Qui m'a dit quelques mots où je n'ai rien compris. A peine il m'a laissée incertaine et flottante. Au milieu de mon trouble et du plus grand effroi, Qu'alors on est venu m'avertir que ma tante. Toujours de plus en plus en courroux contre moi, Veut se (iebarrasser de ma vue importune, Et me faire enlever.
3o4 L'ÉCOLE DES MÈRES.
M. ARGANT. '
Ah! tout est découvert; Un indiscret ami nous perd :
Elle sait tout.
MARIANNE
Quoi donc ?
M. ARGANT
Grand Dieul quelle infortune Mon secret est trahi.
MA RI ANNE
Quel est donc ce rej^ret?
M. ARGANT
Je vois que j'ai commis une imprudence extrême.
MARIANNE
Daignez m'en éclaircir... Vous parlez de secret!
M. ARGANT
Il faut que je le cherche... Ah! le voici lui-même.