ACTE V, SCENE IV. 3i
Mon fils .. ce n'est qu'un fourbe, il m'a toujours trompée. Sa perfidie eufin éclate au plus grand jour : Ce qui vient d'arriver ne m'en laisse aucun doute. Je faisois tout pour lui, Rosette, tu le sais; /
Et je craignois toujours de n'en pas faire assez. ''
J'aurois donné mon sang jusqu'à la moindre goutte -^ Pour assurer le sort, la fortune et l'état Du cruel qui m'a fait l'offense la plus noire. Une famille illustre ouvroit à cet ingrat Le chemin le plus sûr qui conduit à la gloire; Dans leur sein, dans leurs Li-as il alloit être admis; Il alloit devenir leur plus chère espérance. L'objet de tous leurs soins. Ah , quelle différence! Ils vont être à jamais ses plus grands ennemis.
ROSETTE
Auroit-il refusé cette giande alliance?
M«ne AnGA>T.
Apprends comment il s'est perdu.
Nous étions assemblés; il étoit attendu: Moi-même j'aspirois, avec impatience, Au plaisir de le voir, de jouir des effets ' Que devoit produire sa vue;
Je comptois les moments... Attente superflue! Au mépris des serments que le traître m'a faits D'étouffer un amour qu'il coudamuoit lui-même. De l'erreur de ses sens loin d'être détrompé, Il y sacrifioit, et n'étoit occupé .^
Que (lu soin d'enlever cette fille qu'il aime. Ne sachant que penser d'un retard indiscret. Pour l'e.vcuser encor je faisois mon possible;
3i4 L'ÉCOLE DES MÈRES.
Enfin, l'on est venu m'en instruire en secret. Kon, un coup de poignard m'eût été moins sensible. Alors, pleurant de rage, il a fallu sortir. Juge de mon état, de Ja douleur amère, De la confusion que j'ai dû ressentir.
Je suis désespérée... O déplorable mère! C'en est fait, je n'ai plus de fils.
ROSETTE
On pourra le sauver.
Mme ARGANT.
Ahl la raison m'éclaire; Je pénétre plus loin que jamais je ne fis : Supposé que l'on puisse apaiser cette affaire, Et dérober sa tête aux rigueurs de la loi ,
En est-il moins perdu pour moi - Sitôt qu'il ne peut plus mériter ma tendresse? Sous les dehors trompeurs d'un caractère heureux Je vois qu'il a toujours abusé ma foiblesse.
Ce trait de lumière est affreux.
Ah , grand Dieu 1 que j'étois cruellement séduite ! J'eu mourrai de douleur.
ROSETTE
Mais il pourroit un jour..,
Mme ARGANT.
Non : quand la confiance est une fois détruite, C'en est fait pour jamais, il n'est plus de retour. Rosette, laisse-nous.