ACTE I, SCÈNE III
A votre â<;e? Parbleu, c'est une nouveauté.
Qui m'en auroit donne?
L'esprit ou la beaulc.
s AIN VI L LE.
La beauté, j'en conviens, peut, quand elle est réelle, Inspirer un amour aussi passajjer qu'elle. Quant à l'esprit du sc.ve...
LE PRÉSIDENT
Il est sans contredit Que l'on ne vit jamais tant de femmes d'esprit.
SAIN VILLE
Qu'une femme aisément passe pour un prodige! Mais c'est nous qui faisons nous-mêmes le prestige.
LE PRÉSIDENT
Comment?
s AIN VILLE.
Pour peu qu'elle ait de jeunesse et d'appas, L'amour et les désirs attirent sur ses pas Une foule empressée à porter jusqu'aux nues Mille perfections qu'elle auroit peut-être eues. Si l'on ne l'accabloit d'un encens trop flatteur: Elle peut tout risquer; plus d'un adulateur Lui prête avidement et le cœur et l'oreille, Et d'avance applaudit. Qu'alors cette merveille. Aux dépens du bon sens, anime ses propos , Et sur-tout avec art distribue à propos Une œillade traîtresse, un souris infidèle, Et voilà tous nos sots enchantés autour d'elle.
344 LA GOUVERNANTE
LE PRÉSIDENT
Vous n'avez pas élé du nombre?
s AIN VI LLE.
Vraiment non,
LE PRÉSIDENT
Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison. Pourquoi se distinguer?
Je n'en suis pas le maître.
LE PRÉSIDENT
Lorsqu'on est comme un autre, on est comme on doit être. Qui donne de Tencens ne donne rien du sien.
Eh mais! pardonnez-moi; mon estime est mon bien.
LE PRÉSIDENT
(à part.) {haut.)
Le bel amendement! Souffrez que je réponde.
A des faits?
Permettez : quand j'entrai dans le monde, Je le vis à peu près des mêmes yeux que vous; Chacun m'y déplaisoit, et je déplus à tous; Ne faisant point de grâce, on ne m'en fit aucune.
s AIN VILLE.
On s'en passe.
L'on prit ma franchise importune Pour un fiel répandu par la malignité ; D'autres ne la taxoient que de rusticité ,