‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 243 sur 295 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

ANGÉLIQUE

L'honneur est donc toujours l'ennemi de l'amour?

i.\ GOUVERNANTE.

Non vraiment; au contraire, il l'approuve à son tour.

ANGÉLIQUE

Et pourquoi donc le mien lui scmble-t-il un crime?

LA GOUVERNANTE

C'est qu'il faut que l'amour ait un but légitime, Puisque vous m'y forcez : eh ! peut-on ignorer Que, pour pouvoir aimer sans se déshonorer, Il faut qu'un doux espoir, mieux fondé que le vôtre, Assortisse deux cœurs qui soient faits l'un pour l'autre?

ANGÉLIQUE

Eh! pour qui donc Sainviile et moi sommes-nous faits?

LA GOUVERNANTE

Que de foiblesse encor! que j'en crains les effets!

( à part. ) Sans nous trop avancer, ôtons-lui l'espérance Qu'elle ose concevoir contre toute apparence.

( haut. ) Ma fille (vous m'avez permis un si doux nom ), Il faut, à vous guérir, forcer votre raison. Non, ce n'est point à vous que le ciel le destine; Peut-il s'associer avec une orpheline Inconnue, et d'ailleurs réduite à ses attraits, Oui n'a ni bien ni rang, qui n'en aura jamais? Sur la baronne en vain vous fondez votre attente.

ANGÉLIQUE

Et par quelle raison? N'est-elle pas ma tante?

356 LA GOUVERNANTE

LA GODVERNA!NTE.

Hélas !

ANGÉLIQUE

Que dites-vous?

LA GOUVERNANTE

Otez-vous cet espoir.

ANGÉLIQUE

Mais, encor, pourquoi donc?

LA GOUVERNANTE

Voulez- VOUS le savoir' Elle ne vous est rien , le rapport est fidèle.

ANGÉLIQUE

Depuis plus de quatre ans que je suis avec elle, Elle fait tout pour moi.

LA GOUVERNANTE

Vous l'avez mérité, Mais ce n'en est pas moins l'effet de sa bonté : Vous étiez dans un cloître une charge importune, Où l'on étoit enfin las de votre infortune.

Mais d'où provenoit donc cet abandon total?

LA GOUVERNANTE

Vos parents , ruinés par un procès fatal, Furent forcés de faire un si jrrand sacrifice ; Daiguez-les, ce fut là leur plus cruel supplice.

ANGÉLIQUE

Vous vous attendrissez! Vous les avez connus? S'il est vrai , dites-moi ce qu'ils sont devenus ; Ne me cachez plus rien.

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