ACTE II, SCÈNE IV
JO LIETTE
Ce seroit voloatiers, s'il m'en avoit chargée;
Et d'ailleurs ( ce n'est pas que je parie pour lui).
Mais enfin , croyez-vous les hommes d'aujourd'hui
D'iiunieur à nous passer tous nos petits raprices,
A faire tous les joui's les plus grands sacrifices,
A braver, à souffrir les mépris, les rebuts,
A demeurer constauts lorsque l'on n'en veut plus ,
A revenir à nous si'.ôt qu'on les rappelle ?
Non , l'art d'aimer a pris une forme nouvelle;
C'est à nous à présent à remplir en aimant
Tout ce qu'une maîtresse exifjeoit d'un amant;
Encore arrive-t-il qu'on croit nous faire grâce.
Nos esclaves ont mis leurs vainqueurs à leur place,
Ils se sont emparés de nos droits les plus doux; il
Tout le poids de l'amour est retombé sur nous. /
A NGÉLIQCE.
Que m'importe ?
JULI ETTE
Avouez que si par aventure Sainville revenoit après cette rupture Plus tendre (jue jamais vous rapporter son cœur, Le vôtre auroit pour lui la dernière rigueur?
ANGÉLIQUE
Sans doute.
JULIETTE
Il fait donc bien de ue pas se commettre? Je dis plus, s'il osoit hasarder une lettre Pleine de désespoir (je suppose le cas), Vous la refuseriez ?
364 LA GOUVERNANTE
ANC, ÉLIQU E.
Je n'y toucherois pas.
JULIETTE
( à part. ) Il se le tient pour dit. Il est temps que je tousse.
(Elle tousse.) A la dernière épreuve il faut que je la pousse.
ANGÉLIQUE
Qu'as-tu donc ?
JULIETTE , à part.
Est-il sourd? Recommençons encor.
' ( Elle tousse. )