I.A GOUVERNANTE
Vous prononcez bien vite un arrêt si barbare.
ANGÉLIQUE
c'est qu'il est dans mon cœur.
LA GOUVERNANTE
Juste ciel ! quel aveu!
ANGÉLIQUE
Non , ce faux désespoir vous avancera peu. Je ne croirai jamais que vous m'ayez aimée.
LA GOUVERNANTE
Eh ! de quels sentiments suis-je donc animée?
ANGÉLIQUE
D'un zèle amer, toujours trop inconsidéré,
Porté jusqu'à l'excès le plus immodéré,
Et qui vient de m'ôter le bonheur de ma vie.
LA GOUVERNANTE
Il n'étoit qu'apparent.
A NGÉLIQUE.
Laissez-moi, je vous prie; Dans toutes vos raisons je ne veux plus entrer. Quelle fatalité nous a fait rencontrer!
Je rendois grâce au ciel d'un présent si funeste, Aveugle que j'étois !
LA GOUVERNANTE
Le ciel, que j'en atteste, Connoit si je vous aime. Hélas! jusqu'à ce jour Qu'ai-je fait qui ue serve à prouver mon amour, A mériter le votre?
4î8 LA GOUVERNANTE.
ANGÉLIQUE
Ah, grands dieux! à quel titre!
LA GOUVERNANTE
Je pourrois à présent vous en rendre l'arbitre.
ANGÉLIQUE
Quel intérêt cruel vous attache si fort? Pourquoi vous étes-vous subordonné mon sort? D'où vous arrogez-vous ce pouvoir tyrannique?
LA GOUVERNANTE
Eh! non, il ne l'est pas... .4h, ma chère Angélique!
ANGÉLIQUE
Moi?
LA GOUVERNANTE
Vous. Pour un moment laissez couler mes pleurs.
ANGÉLIQUE
Ne me voilà-t-il pas sensible à ses douleurs, Et presque hors d'état de soutenir ses larmes? Quel est cet ascendant? où prenez-vous vos armes?
LA GOUVERNANTE
Au foud de votre cœur, qui ne peut se trahir, Et qui ne parviendra jamais à me haïr.
ANGÉLIQUE
Je ne vous conçois pas.