ACTE V, SCENE IV. ^■y
Et vous causer peut-être un éternel regret.
(à part. ) Que vais-je découvrir?
ANGÉLIQUE
Quel est donc ce secret?
LA GOUVERNANTE
Vous dépendez...
ANGÉLIQUE
Comment? De qui puis-je dépendre?
Autant qu'il m'en souvient, vous m'avez fait entendre Que vous connoissez ceux à qui je dois le jour. Ne m'avez-vous pas dit qu'en un autre séjour Un généreux trépas m'a voit ravi mon père, Que je ne devois plus compter sur une mère Qu'en ma plus tendre enfance à peine ai-je pu voir? Vous a-t-elle eu mourant laissé tout son pouvoir?. . Vous la pleurez?
LA GOUVERNANTE
Le ciel n'a point fini sa vie.
ANGÉLIQUE
Que dites-vous? La mort ne me l'a point ravie? Achevez donc.
Je n'ose.
ANGÉLIQUE
Elle vit.
LA GOUVERNANTE
Hélas! oui; Et c'e>t pour vous aimer.
43o LA GOUVERNANTE.
ANGÉLIQUE
O bouheur inouï !
Je vous pardonne tout. Ah ciel ! quelle est ma joie! Ma bonne, absolument il faut que je la voie.
LA GOUVERNANTE
Cessez.
ANGÉLIQUE
Par ces refus cruels, injurieux.
Vous me désespérez... Que vois-je dans vos yeux?
LA GOUVERNANTE
Lui pardonnerez- vous son'état et le vôtre ?
ANGÉLIQUE
Ah! vous êtes ma mère: oui, je n'en veux point d'autre; Tout me le dit; cédez, et qu'un aveu si dou.x Couronne tous les biens que j'ai reçus de vous.
LA GOUVERNANTE
Eh bien! vous la voyez. Puisque je vous suis chère, La nature triomphe , et vous rend votre mère.
ANGÉLIQUE
Ah ciel ! Mais quel remords vient déchirer mon cœur?
( Elle se jette à ses genoux. ) C'est vous que j'ai traitée avec tant de rigueur !
LA GOUVERNANTE, en la relevant.
Ma fille, oublions tout. Je crains qu'on ne m'entende : Cachons notre secret; je vous le recommande. M'en croirez-vous? laissons régner ici la paix. Vous voyez notre état; renoncez pour jamais A l'espoir d'un hymen hors de toute apparence. Que sacrifiez-vous ? Une folle espérance. Dans le sein de l'oubli cherchons un sort plus doux ;