ACTE I, SCENE III. m
ARGAXT.
D'Urval est à peu près ce que je fus jadis;
Ce temps n'est pas si loin que je ne m'en souvienne:
Ma jeunesse fut vive encor plus que la sienne.
On me maria donc, et me voilà ranjjé,
Si bien qu'on me trouva totalement changé :
Et véritablement une uuion si belle,
Si ma femme eût voulu, devoit être éternelle.
Bien du temps se passa, mais beaucoup, presque un an,
Sans que rien de ma part troublât notre roman ;
Maïs auprès d'une femme on a beau se contraindre :
Bon ! naturellement le sexe aime à se plaindre.
Or, comme enliu l'amour se change en amitié...
C'est justement de quoi se fâcha ma moitié.
Elle ne savoit pas, ni vous non plus, madame.
Que sans amour ou peut très bien aimer sa femme;
Elle crut perdre au change, elle dissimula
Peut-être près d'un mois : après cet effort-là ,
Il survint entre nous un terrible grabuge;
Madame se plaignit, et mon père en fut juge:
Le bon-homme autrefois fut dans le même cas.
Mon fils a tort, dil-il, je ne l'excuse pas;
Puisqu'il ne veut pas prendre un autre train de vie,
Je vois bien qu'il faudra que je me remarie...
Je répondrois de même, et j'irois en avant.
CONSTANCE
Quand ou croit deviner, on se trompe souvent.
ARGANT
La contradiction me ravit et m'enchante...
Eh bien! madame, soit; vous êtes très contente...
Oui... très heureuse... très...
CONSTANCE
Monsieur, en doutez- vous?
ARC A NT
Et vous dites par-tout du bien de votre époux...
CONSTANCE
Puis-je faire autrement ?
ARGANT
Et que le mariage N'est pas toujours un triste et cruel esclavage...
CONSTANCE
Je l'imagine.
ARGANT
Et que... J'enrage de bon cœur...
Mais, de grâce, achevez de me tirer d'erreur; Ma niéce est votre amie, et je lui sers de père.
CONSTANCE
Elle mérite bien de nous être aussi chère.
ARGANT
Oui ; mais on a pris soin de lui gâter l'esprit :
Damon et votre époux en sont dans un dépit...
Qui peut donc avoir mis dans son cœur trop crédule
Cet eflVoi mal fondé , ce dégoût ridicule,
Cette aversion folle, et ces airs de mépris
Qu'elle a pour l'hymenée? Où les a-t-ellc pris?
A son âge on n'a point de chimères pareilles
A celles dont elle a fatigué mes oreilles.
Au contraire, une Agnès se fait illusion.
Et savoure à longs traiis la douce impression
Que son cœur enchanté reçoit de la nature;