‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 104 sur 284 · SCÈNE X. ~ Orosmane, Zaïre, Nérestan , Corasmi.n, Fatimb, Esclaves · texte numérisé non relu

SCÈNE X. ~ Orosmane, Zaïre, Nérestan , Corasmi.n, Fatimb, Esclaves

OROSMANE. Approche, malheureux, qui viens de m' arracher, Dq m'ôter pour jamais ce qui me fut si cher; Méprisable ennemi, qui fais encor paraître

L'audace d'un héros avec l'âme d'un traître :

Tu m'imposais ici pour me déshonorer:

Va, le prix en est prêt, tu peux t'y prépc.rer.

Tes maux vont égaler les maux où tu m'exposes. Et ton ingratitude, et l'horreur que tu causes.

Avez-vous ordonné son supplice?

coRASMiN. Oui, seigneur.

OROSMANE. Il commence déjà dans le fond de ton coeur;

Tes yeux cherchent partout, et demandent encore

La perfide qui t'aime, et qui m.e déshonore.

Regarde, elle est ici.

NÉRESTAN. Q\ie diî-tu : Quelle erreur!.,. OROSMANE. Regarde-la, te dis-je.

NÉRESTAN. Ah ! quc vois-je ! Ah! ma sœur;

Zaïre!... elle n'est plus! Ah! rnonslrelahl jour horrible! OROSMANE. Ça sœur! (Ju'ai-je entendu ? Dieu, serait-il possible? >'tRESTAN. Barbare, il est trop \ rai : viens épuiser mon flanc

Du reste infortuné de cet auguste sang.

Lu?'gnan,ce vieillard, fut son malheureux père.

11 venait dans mes bras d'achever sa misère,

Et d'un père expiré j'apportais en ces lieux

La volonté dernière et les derniers adieux ;

Je venais dans un cœur trop faible et trop sensible

Rappeler des chrétiens le culte incorrupiible.

Hélas! elle offensait notre Dieu, notre loi,

Et ce Dieu la punit d'avoir brûlé pour toi. OROSMANE. Za'ire!... Elle m'aimait? est-il bien vrai, Fatime?

Sa sœur?... J'étais aim.é ?

FATIME. Cruel ! voilà son crime

Tigre altéré de sang, tu viens de massacrer

Celle qui, malgré soi, con-^tanle à.i'adorer.

Se flaitait, espérait que le Dieu de ses pères

Recevrait le tribut de ses larmes sincères.

Qu'il verrait en pitié cet amour malheureux,

Que peut-être il voudrait vous réunir tous deux.

Hélas ! à cet excès son cœur l'avait trompée ;

De cet espoir trop tendre elle était occupée;

Tu balançais son Dieu dans son cœur alarmé, onosMANE. 'Tu m'en as dit assez. 0 ciel ! j'étais aimé!

Va, je n'ai pasbesoin d'en savoir davantage... >'ÉRESTAN. Cruel ! qu'atlends-lu conc pour assouvir ta rage?

Il ne reste que moi de ce sang glorieux

Dont ton père et ton bras ont inondé ces lieux ;

Rejoins un malheureux à sa triste famille,

Au héros dont tu viens d'assassiner la fille.

Tes tourments sont-ils prêts ? je puis braver tes coups ;

Tu m'as fait éprouver le plus cruel de tous.

Mais la soif de mon sang, qui toujours te dévore.

Permet-elle à l'honneur de te parler encore?

En m'arrachant le jour, souviens-toi des chrétiens

Dont tu m'avais juré de briser les liens ;

Dans sa férocité ton cœur impitoyable

De ce trait généreux serait-il bien capable ?

Parle ; à ce prix encorje bénis mon trépas.

OROSMANE, allant vers le corps de Zaïre.

Zaïre !

coRASMiN. Hélas! seigneur, où portez-vous vos pas?

Rentrez, trop de douleur de votre âme s'empare.

Souffrez que Nérestan...

NÉRESTAN. Qu'ordonues-tu^ barbare?

OROSMANE, après une longue pose.

Qu'on détache ses fers. Ecoulez, Corasmin, ■ Que tous ses compagnons soient délivrés soudain.

Aux malheureux chrétiens prodiguez mes largesses ;

Comblés de mes bienfaits, charges de mes richesses,

Jusqu'au port de Joppé vous conduirez leurs pas. CORASMIN. Mais, seigneur...

OROSMANE. Obéis, et ne réplique pas :

Vole, et ne trahis point la volonté suprême

D'un Soudan qui commande, et d'un ami qui t'aime :

Va, ne perds point de temps, sors, obéis....

A Nérestan. Et toi,

Guerrier infortuné, mais moins encor que moi.

Quitte ces lieux sanglants, remporte en ta patrie

Cet objet que ma rage a privé de la vie.

Ton roi, tous les chrétiens, apprenant mes malheurs,

N'en parleront jamais sans répandre des pleurs :

Mais, si la vérité par toi se fait connaître.

En détestant mon crime on me plaindra peut-être.

Porte aux tiens ce poignard, que mon bras égaré

A plongé dans un sein qui dût m'être sacré.

Dis-leur que j'ai donné la mort la plus affreuse

A la plus digne femme, à la plus vertueuse

Dont le ciel ait formé les innocents appas ;

Dis-leur qu'à ses genoux j'avais mis mes États :

Dis-leur que dans son sang celle main s'est plongée;

Dis que je l'adorais, et que je l'ai vengée. (// se tue.) Aux siens. Respectez ce héros, et conduisez ses pas. ^ÉRESTAN, Guide-moi, Dieu puissant! Je ne me connais pas.

Faut-il qu'à t'admirer ta fureur me contraigne,

El que, dans mon malheur, ce soit moi qui te pkiigne 1

LTNFANT PRODIGUE

COMEDIE EN CINQ ACTES

PERSONNAGES

EUPHÉMON PÈRE.

tL'I'illiMON FILS.

FlKIlENFAT, président de Cognac, second

fils d'Kuphéinon.

RO.NDO.N, bourgeois de Cojnac.

LISE, fille de Rondon.

LA UARON.NE DE CROrMLLAC, MARTIIi:, suivante de Lis..

JAS.MIN, valeld'Cupliéiuuii ûls.

La scène est à Cognac.

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