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SCÈNE V. — Œdipe, Araspe

CEDiPE. Je l'avouerai, j'ai peine à le croire coupable.

D'un cœur tel que le sien l'audace inébranlable

Ne sait point s'abaisser à des déguisements :

Le mensonge n'a point de si hauts sentiments.

Je ne puis voir en lui celte bassesse infâme.

Je te dirai bien plus ; je rougissais dans l'âme

De me voir obligé d'accuser ce grand cœur :

Je me plaignais à moi de mon trop de rigueur.

Nécessité cruelle attachée à l'empire !

bans le cœur des humains les rois ne peuvent lire ;

Souvent sur l'innocence ils font tomber leurs coups,

Et nous sommes, Araspe, injustes malgré nous.

Mais que Phorbas est lent pour mon impatience !

C'est sur lui seul enfin que j'ai quelque espérance,

Car les dieux irrités ne nous répondent plus ;

Ils ont par leur silence expliqué leur refus. ARASPE. Tandis que par vos soins vous pouvez tout apprendre,

Ouel besoin que le ciel ici se fasse entendre ?

Ces dieux dont le pontife a promis le secours.

Dans leurs temples, Seigneur, n'habitent pas toujours.

On ne voit point leur bras si prodigue en miracles ;

Ces antres, ces trépieds, qui rendent leurs oracles,

Ces organes d'airain que nos mains ont formés.

Toujours d'un souffle pur ne sont pas animés.

Ne nous endormons point sur la foi de leurs prêtres ; Au pied du sanctuaire il est souvent deslraUres, Oui, nous asservissant sous un pouvoir sacré. Font parler les deslins, les font taire à leur gré. Voyez, examinez avec un soin extrême Philoctète, Phorbas, et Jocaste elle-même. Ne nous fions qu'à nous ; voyons tout par nos yeux : Ce sont là nos trépieds, nos oracles, nos dieux. ŒDIPE. Serait-il dans le temple un cœur assez perfide ?... Non, si le ciel enfin de nos destins décide, On ne le verra point mettre en d'mdignes mains Le dépôt précieux du salut des Thébains. Je vais, je vais moi-même, accusant leur silence, Par mes vœux redoublés fléchir leur inclémence. Toi, si pour me servir, tu montres quelque ardeur. De Phorbas que j'attends cours hâter la lenteur : Dans l'état déplorable où tu vois que nous sommes. Je veux interroger et les dieux et les hommes,

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