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ACTE QUATRIÈME

SCÈNE I. — Madame Groupillac, Euphémon fils, Jasmin. MADAME groupillac. J'ai, mon très cher, par prévoyance extrême,

Fait arriver deux huissiers d'Angoulême.

Et toi, t'es-tu servi de ton esprit?

As-tu bien fait tout ce que je t'ai dit?

Pourras-tu bien d'un air de prud'hommie

Dans la maison semer la zizanie?

As-tu fldtlé le bon homme Euphémon?

Parle : as-tu vu la future?

EUPHÉMON fils. Hélas! non.

MADAME GROUPILLAC. Comment?

EUPHÉMON FILS. Croyez que je me meurs d'en\ ie

D'être à ses pieds.

MADAME GROUPILLAC. Alions douc, jc l'en prie.

Attaque-la pour me plaire, et rends-moi

Ce traître ingrat qui séduisit ma foi.

Je vais pour toi procéder en justice.

Et tu feras l'amour pour mon service.

Reprends cet air imposant et vainqueur,

Si sûr de soi, si puissant sur un cœur,

Oui triomphait sitôt de la sagesse.

Pour être heureux, reprends ta hardiesse. EUPHÉMON FILS. Je l'ai perdue.

MADAME GROUPILLAC. Eh! quoi ! qucl embarras! EUPHÉMON FILS. J'élais hardi, lorsque je n'aimais pas. JASMIN. D'autres raisons l'intimident peut-être;

Ce Fierenfat est ma foi notre maître;

Pour ses valets il nous retient tous deux. MADAME GROUPILLAC. C'cst fort bien fait, vous êtes trop heureux;

De sa maîtresse être le domestique

Esi un bonheur un destin presque unique

Profitez-en.

JASMIN. Je vois certains attraits

S'acheminer pour prendre ici le frais;

De chez Rondon, me semble, elle est sortie. MADAME cRoipiLLAc. Eh! soit donc vite amoureux, je l'en prie:

Voici le temps; ose un peu lui parler,

Quoi ! je le vois soupirer et trembler !

Tu l'aimes donc? Ah ! mon cher, ah! de grâce! EUPHÉMON FILS. Si VOUS savicz^ hélas ! ce qui se passe

Dans mon esprit interdit et confus,

Ce tremblement ne tous surprendrait plus. JASMIN, en voyant Lise.

L'aimable enfant i comme elle est embellie ! EUPHÉMON FILS. C'cst cllo ; ô dieux ! jc meurs de jalousie.

De désespoir, de remords, et d'amour.

MADAME cnouriLLAci. Àdlsu : je vais te servir à mou tour.

EiTiiiÎMON Fii.s. ?i VOUS pouvez, faitcs quc l'on diiïcrc

Ce Iri.-lo hyiiiun.

jiADAMEcuoLi'iLLAc. Ccst ce quc je vais faire. tiTH.vMON FILS. Je tremble, lieiasl

JASMIN. 11 faut tâcher du moins

Que vous puissiez lui parler sans témoins.

Retirons-nous.

Eii'MKMo.N FILS. Oli ! je tc suis : j'ignorB

Ce que j'ai fuit, ce qu'il faut faire encore;

Je n'oserai jamais m'y présenter.

SCtNE II. —Lise, Marthe; jasmin, dans l'enfoncement, et Eupuémon fils

plus reculé.

LISE. J'ai beau me fuir, me chercher, m'éviter

Rentrer, sortir, goûter la solitude.

Et de mon cœur" faire en secret l'étude,

riusj'y regarde, hélas! et plus je voi

Que le bonheur n'était pis fait pour moi.

Si quelque chose un moment me console.

C'est Croupilluc, c'est cette vieille folle,

A mon hymen mettant empêchement.

Mais ce qui vient redoubler mou tourment.

C'est qu'en effet Fierenfat et mon père

En sont plus vifs à presser ma misère :

Us ont gagné le bon homme Euphémon.

WARTHF.. En vérité, ce vieillard est trop bon;

Ce Fierenfat est par trop tyranique.

Il le gouverne.

LISE. Il aime un fils unique ;

Je lui pardonne; accablé du premier,

Au moins sur l'autre il cherche à s'appuyer. MARTHE. Mais après tout, malgré ce qu'on publie,

Il n'est pas sûr que l'autre soit sans vie. LISE. Hélas ! il faut (quel funeste tourment)!

Le pleurer mort, ou le haïr vivant.

MAUTHE. De son danger cependant la nouvellg

Dans votre cœur mettait quelque étincelle. LISE. Ah! sans l'aimer, on peut plaindre son sort. MARTHE. Mais n'être plus aimé, c'est être mort.

Vous allez dorjc être enfin à son frère? LISE. Ma chère enfant, ce mot me désespère.

Four Fierenfat tu connais ma froideur;

L'aversion s'est changée en horreur :

C'est un breu\age affreux, plein d'amertume

Que, dans l'excès du mal qui me consume,

Je me résous de prendre malgré moi,

Et que ma main rejette avec effroi.

jasmin, tirant Marthe par la robe.

Puis-je en secret, ô gentille merveille !

S'ous dire ici quatre mots à l'oreille? MARTHE, à Jasmin. Très volontiers.

LISE, à part. 0 sort! pourquoi faut-il

Quedemes jours tu respectes le fil,

Lorsqu'un ingrat, un amant si coupable,

Rendit ma vie, hélas! si misérable'?

MARTHE, venant à Lise. C'est un des gens de votre président;

Il est a lui, dit-il, nouvellement;

Il voudrait bien vous parler,

LISE. Qu'il attende.

MARTHE, ô Jasmin. Mon cher ami, madame vous commande

D'attendre un peu. ^

LISE. Quoi ! toujours m excéder !

Et même absent en tous lieux m'obséder !

De mon hymen que je suis déjà lasse ! JASMIN, à Marthe. Ma belle enfant, obtiens-nous celte grâce. WAi\TUE, revenant. Absolument il prétend vous parler. LISE. Ah ! je vois bien qu'il faut lious en aller. MARTHE. Ce quelqu'un-là veut vous voir tout-à-l'heure ;

11 faut, dit-il, qu'il vous parle ou qu'il meure. LISE. Rentrons donc vile, et courons me cacher.

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