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SCENE IL — Lise, Marthe, Jasmin

LISE. Eh bien. Jasmin, qu'a-t-on fait?

JASMIN. Avec gloire.

J'ai soutenu mon interrogatoire;

Tel qu'un fripon blanchi dans le métier.

J'ai répondu sans jamais m' effrayer.

L'un vous traînait sa voix de pédagogue.

L'autre brillait d'un ton cas, d un airrogue,

Tandis qu'un autre, avec un ton flûte,

Disait, mon fils, sachons la vérité :

Moi , toujours ferme, et toujours laconique.

Je rembarrais la troupe scholastique. LISE. On ne sait rien ?

JASMIN. Non, rien; mais dès demain

On saura tout, car tout se sait enfin. LISE. Ah! que du moins Fierenfat en colère

N'ait pas le temps de prévenir son père :

Je tremble encore, et tout accroît ma peur;

Je crains pour lui, je crains pour mon honneur.

Dans n^on amour j'ai mis mes espérances;

Il m'a:dera.

MARTHE. Moi, je suis dans des transes

Que tout ceci ne soit cruel pour vous ;

Car nous avons deux pères contre nous.

Un président, les bégueules, les prudes.

Si vous saviez quels airs hautains et rudes!

Quel tun sévère, et quel sourcil froncé

De leur vertu le faste rehaussé

Prend contre vous; avec quelle insolence

Leur àcreté poursuit votre innocence :

Leurs cris, leur zèle, et leur sïinle fureur.

Vous feraient rire, ou vous feraient horreur. jASAiiN. J'ai voyagé, j'ai vu du tintamarre:

le n"ai jamais vu semblable bagarre :

Tout le logis est sens dessus dessous.

Ah ! que les gens sont sots, méchants, et fous!

On vous accuse, on augmente, on murmure;

En cent façons on conte l'aventure.

Les violons sont déjà renvoyés.

Tout interdits, sansboire, et point payés;

Vour le festin six tables bien dressées

Dans ce tumulte ont été renversées.

Le peuple accourt, le laquais boit et rit.

Et Rondon jure, et Fierenfat écrit.

LISE. Et d'Euphémon le père respectable,

Que fait-il donc dans ce trouble effroyable? MARTHE. Madame, on voit sur son front éperdu

Celle douleur qui sied à la vertu ;

11 lève au ciel les yeux : il ne peut croire

Que vous ayez d'une tache si noire

Souillé l'honneur de vos jours innocents;

Par des raisons il combat vos parents :

Enfin, surpris des preuves qu'on lui donne, ■ 11 en gémit, et dit que sur personno

11 ne faudra s'assurer désormais.

Si celte tache a tlétri vos attraits.

LISE. Que ce vieillard m'inspire de tendresse! MAUTHE. Voici Rondon, vieillard d'une autre espèce.

Fuyons, madame.

LISE. Ah! gardons-nous en bien.

Mon cœur est pur , il ne doit craindre rien. JASMIN. Moi, je crains donc.

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