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SCÈNE I. — ZOPIRE, PlIANOR

zopiRE. Qui? moi, baisser les yeux devant ces faux prodiges?

Moi^ de ce fanatique encenser les prestiges!

L'honore dans la Mecque après l'avoir banni!

Non. Que des justes dieux Zopire soit puni.

Si tu vois celte main, jusqu'ici libre et pure,

Caresser la révolte et flatter l'imposture ! PHANOR. Nous chérissons en vous ce zèle paternel

Du chef auguste et saint du sénat d'Ismaël ;

Mais ce zèle est funeste ; et tant de résistance.

Sans lasser Mahomet, irrite sa vengeance.

Contre ses attentats vous pouviez autrefois

Lever impunément le fer sacré des lois.

Et des embrasements d une guerre immortelle

Étouffer sous vos pieds la première étincelle.

Miihomet citcyen neparutà vosyeux,

Qu'uo novateur obscur, un vil séditieux :

Aujourd'hui c'est un prince, il triomphe, il domine?

Imposteur à la Mecque, et prophète à Médine,

Il sait faire adorer à trente nations

Tous ces mêmes forfaits qu'ici nous délestons

Que dis je? en ces murs même une troupe égarée,

Des poisons de l'erreur avec zèle enivrée,

De ses miracles faux soutient l'illusion,

Képand le fanatisme et la sédition ,

Appelle son armée, et croit qu'un dieu terrible

L'inspire, le conduit, et le rend invincible.

Tous nos vrais citoyens avec vous sont unis ;

Mais les meilleurs conseils sont-ils toujours suivis?

L'amour des nouveaulés, leiaux zèle, la crainte,

De la Mecque alarmée ont désolé l'enceinte;

Et ce peuple en tout temps chargé de vos bienfaits :

Crie encore à son père, et demande la paix.

zopinE. La paix avec ce traître! Ah ! peuple sans courage, N'en attendez jamais qu'un horrible esclavage : Allez, portez en pompe, et servez à genoux, L'idole dont le poids va vous écraser tous. Moi, je garde à ce fourbe une haine éternelle; De mon cœur ulcéré la plaie est trop cruelle : Lui-même a contre moi trop de resseniimenls. Le cruel fit périr ma femme et mes enfants ; Et moi, jusqu'en son camp j'ai porté le carnage"; La mort de son fds môme honora mon courage. Les flambeaux de la haine entre nous allumés Jamaisdes mains du temps ne seront consumés.

piiANOR. Ne les éteignez point, mais cachez-en la flamme; [mmolez au public les douleurs de votre âme. Quand vous verrez ces lie-ux par ses mains ravagés, ■Vos malheureux enfants seront-ils mieux vengés? "Vous avez tout perdu, fils, frère, épouse, fille; Ne perdez point l'État -.c'est là votre famille.

zoPiRE. On ne perd les États que par timidité.

PHANOB. Onpéiit quelquefois par trop de fermeté. 20PIRE, Périssons, s'il le faut.

PHANOR. Ah! quel triste courage Quand vous touchez au port, vous expose au naufrago? Le ciel, vous le voyez ^ a remis en vos mains De quoi fléchir encor ce tyran des humains. Cette jeune Palmire en ses camps élevée. Dans vos derniers combats par vous-même enlevée, Semble un ange de paix descendu parmi nous. Qui peut de Mahomet apaiser le courroux. Déjà par ses hérauts il 1 a redemandée.

zoPiKE. Tu veux qu'à ce barbare elle soit accordée? Tu veux que d'un si cher et si noble trésor Ses criminelles mains s'enrichissent encor? Quoi ! lorsqu'il nous apporte et la fraude et la guerre. Lorsque son bras enchaîne et ravage lu terre. Les plus tendres appas brigueront sa faveur. Et la beauté sera le prix de sa fureur î Ce n'est pas qu'à mon âge, aux bornes de ma vie. Je porte à Mahomet une honteuse envie ; Ce cœur triste et flétri que les ans ont glacé Ne peut sentir les feux d'un désir insensé. Riais soit qu'en tous les temps un objet né pour plairo Arrache de nos vœux l hommage involontaire;

Soit que, privé d'enfanli:, je cherche à dissiper Celte nuit de douleurs qui vient menvelopper ; Je ne sais quel penchant pour cette infortunée Reaiplit le vide affreux de mon âme étonnée. Soit faiblesse ou raison, je ne puis sans horreur La voir aux mains d'un monstre artisan do l'erreur. Je voudrais qu'à mes vœux heureusement docile. Elle-même en secret pût chérir cet asile; Je voudrais que son cœur, sensible à mes bienfaits. Détestât Mahomet autant que je le hais. Elle veut me parler sous ces sacrés portiques. Non loin de cet autel de nos dieux domestiques; Elle vient, et son front^ siège de la candeur, Annonce en rougissant les vertus de son cœur.

SCÈiNElI. — • ZoPinE, Palmire.

zopiRE. Jeune et charmant objet dont le sort de la guerre,

Propice à ma.vieillesse, honora cette ter;»e,

Vous n'êtes point tombée en de barbares mains;

Tout respecte avec moi vos malheureux destins,

Votre âge, vos beautés, votre aimable innocence.

Parlez; et s'il me reste encore quelque puissance.

De vos justes désirs si je remplis les vœux,

Ces derniers de mes jours seront des jours heureux. PALMIRE. Seigneur, depuis deux mois Sjus vos lois prisonnière.

Je dus à mes destins pardonner ma misère;

Vos généreuses mains s'empresse d'effacer

Les larmes que le ciel me condamne à verser.

Par vous, parvo? bienfaits, à parler enhardie,

C'est de vous que j'attends le bonheur de ma vie.

Aux vœux de Mahomet j'ose ajouter les miens ;

Il vous a demandé de briser mes liens ;

Puissiez-vous lécouier ! et puissé-je lui dire

Qu'après le ciel et lui je dois tout à Zop're ! ZOPIRE. Ainsi de Mahomet vous regrettez les fers,

Ce tumulte des camps, ces horreurs des déserts.

Cette patrie errante, au trouble abandonnée! PALMIRE. La patrie est aux lieux où lame est enchaînée.

Mahomet a formé mes premiers sentiments,

Et ses femmes en paix guidaient mes faibles ans ,

Leur demeure est un temple où ces femmes sacrées :

Lèvent au ciel des mains de leur maître adorées.

Le jour de mon malheur, hélas! fut le seul jour

Où le sort des combats a troublé leur séjour :

Seigneur, ayez pitié d'une âme déchirée,

Toujours présente aux lieux dont je suis séparée. ZOPIRE. J'entends : vous espérez partager quelque jour

De ce maître orgueilleux et la main ^t l'amour. PALMIRE. Seigneur, je le révère, et mon âme tremblante

Croit voir dans Mahomet un dieu qui m'épouvante.

Non, d'un si grand hymen mon cœur n'est point flatté ;

Tant d'éclat convient mal à tant d'obscurité. ZOPIRE. Ah ! qui que vous soyez, il n'est point né peut-être

Pour être votre époux, encor moins votre maître!

Et-voussemblez d'un sang fait pour donner des lois

A l'Arabe insolent qui marche égal aux rois. PALMIRE. Nous ne connaissons point l'orgueil de la naissance ;

Sans parents, sans patrie, esclaves dès Fenfance,

Dans notre égalité nous chérissons nos fers;

Tout nous est étranger, hors le dieu que je sers. ZOiMRE. Tout vous estclranoer! cet élal peut-il plaire?

(juoi vous servez un maître et n'avez point de père ?

Dans mon triste palais, seul et privé d'enfants.

J'aurais pu voir en vous l'appui de mes vieux ans ;

Le soin de vous former des deslins pluspropices

Eût adouci des miens les longues injustices.

Mais non, vous abhorrez ma patrie et ma loi. pAi.MiRE. Comment puis-je être à vous ? je ne suis point à moi,

Vous aurez mes regrets, votre bonté m'est chère;

Riais enfin Mahomet m'a tenu lieu de père. zopiRE. (Juel père! justes dieux ! lui? ce monstre imposteur! PALMihE. Ah ! quels noms inouïs lui donnez-vous, seigneur!

Lui, dans qui tant d'Étals adorent leur prophète !

Lui, l'envoyé du ciel, et son seul interprète! 20P1RE. Étrange aveuglement des malheureux mortels!

Tout m'abandonne ici, pour dresser des autels

A ce coupable heureux qu'épargna ma justice,

Et qui courut au trône, échappé du supplice. PALMiRE. Vous me faites frémir, seigneur; et de mes jours.

Je n'avais entendu ces horribles discours.

Mon penchant, je l'avoue, et ma reconnaissance

Vous donnaient sur mon cœur une juste puissance ;

Vos blasphèmes affreux contre mon protecteur

A ce penchant si doux font succéder l'horreur, ZOPIRE. 0 superstition! tes rigueurs inflexibles

Privent d'humanité les cœurs les plus sensibles.

Que je vous plains, Palmire ; et que sur vos erreurs

Ma pitié malgré moi me fait verser de pleurs! PALMiBE. Et vous me refusez!

ZOPIRE. Oui. Je ne puis vous rendre

Au tyran qui trompa ce cœur flexible et tendre;

Oui, je crois voir en vous un bien trop précieux.

Qui me rend Mahomet encore plus odieux.

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