‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 151 sur 284 · SCÈNE IV. — POLYPHONTE, ÉrOX · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — POLYPHONTE, ÉrOX

ÉRox. Seigneur, attendez-vous q-ue son âme fléchisse? Ne pouvez-vous régner qu'au gré de son caprice? Vous avez su du trône aplanir le chemin; Et pour vo-us y placer vous attendez sa main!

POLYPHONIE. Entre ce trône et moi je vois un précipice; Il faut que ma fortune y tombe ou le fianchisse. Mérope attend Égisthe; et le peuple aujourd'hui, Si son fils reparaît, peut se tourner vers lui. Eu vain, quand j'immolai son père et se.s deux frères, De ce trône sanglant je m'ouvris les barrières ; En vain, dans ce palais, où la sédition Remplissait tout d'norreur et de confnsion. Ma fortune a permis qu'un voile heureux et sombre Couvrit mes attentats du secret de son ombre; En vain du sang des rois dont je suis l'oppresseur, Les peuples abusés m'ont cru le défenseur : Nous touchons au moment où mon sort se décide. S'il reste un rejeton de la race d'Alcide, Si ce fils tant pleuré, dans Messène est produit, De quinze ans de travaux j'ai perdu tout le fruit. Crois-moi, ces préjugés de sang et de naissance Revivront dans les cœurs, y prendront sa défense, Le souvenir du père, et cent rois pour a'ieux, Cet honneur prétendu d'être issu de nos dieux, Les cris, le désespoir d'une mère éplorée, Détruiront ma puissance encor mal assurée. Isgystheest l'ennemi dont il faut triompher. Jadis dans son berceau je voulus l'élouffer. De Narbas à mes yeux l'adroite diligence Aux mains qui me servaient arracha son enfance: Narbas, depuis ce temps, errant loin de ces bords, A bra\é ma recherche, a trompé mes efforts. J arrêtai ses courriers; ma juste prévoyance De tUérope et de lui rompit rinlclligence.

Moi>jo connais le sort : il peut se ciémcnlir;

De la iiuil du silence un secret peut sonir;

El des dieux quelquefois la longue patience

F.iit sur nous a pa< lents descendre la \ engeance. ÉRox. Ah! livrez-vous sans crainte à vos heureux destins.

La prudence csi le dieu qui veille à vos dessu'ins,

^"oP ordres sOiit suivis : df^à vos faielliles

D'Élide el de Messène occupent les limites.

Si Narbas reparaît, si jaaiais à leurs yeux

Narbas rair.ene Égistho, ils périsseni Inus deux, POLYPHuNTE. Mais, me réponds-to bien de leur aveugle zèle? ÉRox. Vous les avez guidés par une main fidèle :

Aucun d'eux ne connaît ce sang qui doit couler,

Ni le nom de ce roi qu ils doivent immoler.

Na:bas leur est dépeint comme un traître, un transfuge,

Un criminel errant, qui demande un refuge;

L'autre comnie un enclave, et co:)ime un meurtrier

Qu'à la rigueur des lois il faut sacrifier, POi,YiMio.ME. Lh bien, encor ce crime ! il m'est trop nécessaire

Mais en perdant le ûls, j'ai besoin de la mère ;

J'ai besoin d'un hymen utile à ina grandeur,

(^)ui détourne de li.oi le ;iom d'u^urpaieur,

Oui fixe enfin les vœux de ce peuple infidèle.

Qui m'apporte pour dot l amour qu'on a pour elle.

Je lis au fond des cœurs ; à peine ils sont à moi :

Echauffés par lespoir, ou glacés pat 1 effroi,

L'intérêt me les donne ; il les ravit de môme.

Toi, dont le sort dépend de ma grandeur suprême,

Appui de mes projets par les soins diiigés,

Erox, va réunir les esprits partagés:

Que l'avare en secret te vende sjn suffrage;

As.-ure au courtisan ma faveur en partage;

Du lâche qui balance échauffe les esprits :

Promets, donne, conjure, inliuiide, éblouis.

Ce fer au pied du trône en vain m'a su conduire;

C'est encor peu de vaincre, il faut savoir séduire.

Flatter 1 hydre du peuple, au frein I accouiumer.

Et pousser l'art enSnjusqu à m'en faire aimer.

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