‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 152 sur 284 · SCÈNE I. — MÉaoPE, Euryclès, Isménie · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — MÉaoPE, Euryclès, Isménie

MÉROPE. Quoi! l'univers se tait sur le destin d'r.gisthe Je n'entends que trop bien ce silence si triste. • A.ux frontières d'ÉiiJe enfin n'a-t-on rien su ?

ECRYCLÈs. On n'a rien découvert; et tout ce qu'on a vu C'cit un jeune étranger, de qui la main sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante; Enchaîné par mon ordre, on l'amené au palais.

Mkroi>k. Un meurtre! un inconnu! Qu'a-t-ii fait, Euryclès? Quel sang a-t-il verser Vous me glacez de crainte.

EURYCLES. Triste effet de lamour dont \otre âuie est atteinte! Le moindre événement \ous porle un coup mortel; Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel ; Tout fait parler en vous la vox de la nature. Mais de ce meurtrier la commune aventure N'a rien dont vos esprits doivent être agités. De crimes, de brigands ces bords sont infectés:

Osl le fruil malheureux de nos guerres civiles. La justice est sans force; et.nos champs cl nos villes Bedemandenlaux dieux, trop longtemps nt^gligés. Le eang des ciloycns l'un par l'autre égorgés. Écartez des terreurs dont le poids vous afflige. MÉROPE. (jucl est cet inconnu? Répondez-moi, vous dis-je. EuuYCLiîs. C'est un de ces mortels du sort abandonnés, Nourris dans la bassesse, aux travaux condamnés; Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence. WÉp.opi'. N'importe, quel qu'il soit, qu'il vienne en ma présence; Le témoin le plus vil et les moindres clartés Nous montrent quelquefois de grandes vérités. Peut-être j'en crois trop le trouble qui me presse ; Mais ayoz-en pitié, respectez ma faiblesse : Mon cœur a tout à craindre et rien à négliger : Qu'il vienne, je le veux, je veux l'interroger. EURYCLÈs, à /smenicJVous serez obéie. Allez, et qu'on l'amène;

Qu'il paraisse à l'instant aux regards de la reine. WÉROPE. .le sens que je vais prendre un inutile soin. Mon désespoir m'aveugle; il m'emporte trop loin: Vous savez s'il est juste. On comble ma misère; On détrône le fils, on outrage la mère. Polyphonie, abusant de mon triste destin, Ose enfin s'oublier jusqu'à m'olfrir sa main. EURYCLÈS. Vos malhours soni plus grands que vous ne pouvez croire. Je sais que cet hymen offense votre gloire; Mais je vois qu'on l'exige, et le sort irrilé «

Vous fait de cet opprobre une nécessité: C'est un cruel parti ; mais c'est le seul peut-être Qui pourrait conserver le trône à son vrai maître. Tel est le sentiment des chefs et des soldats : Et l'on croit...

MÉROPE. Non, mon fils ne le souffrirait pas ; L'exil, où son enfance a langui condamnée, Lui serait moins affreux que ce lâche hyménée. EURYCLÈS. Il le condamnerait, si, paisible en son rang. Il n'en croyait ici que les droits de son sang; Mais si par les malheurs son âme était instruite, Sur ses wais intérêts s il réglait sa conduite. De ses tristes amis s'il consultait la voix. Et la nécessilé, souveraine des lois, Il verrait que jamais sa malheureuse mère Ne lui donna d'amour une marque plus chère. MÉROPE. Ah! que me diies-vous?

EUuYCLÈs. De dures vérités.

Que m'arrachent mon zèle el vos cahunilés. MÉROPE. Ouoi! vous me demandez que l'intérêt surmonte Celte invincible horreur.que j'ai pour Polyphonie, Vous, qui me l'avez peint de si noires couleurs! EURYCLES. Je l'ai peint dangereux, je connais ses fureurs, Mais il est toul-puissant; mais rien no lui résiste : Il est sans hériiier, et vous aimez Ègislhe. MÉROPE. Ah! c'est ce même amour, à mon gré précieux, Qui me rend Polyphonie encor plus odieux. Que parlez-vous toujours et d'hymen el d'empire? Parlez-moi de mon Ois; diles-moi s'il resj)ire. Cruel! apprenez-moi...

EURYCLÈS. Voici cct étranger, Que vos tristes soupçons brûlaient diuicnogcr.

SCtNE IJ. — MÉROPE, EuRYCLÈs, ÉGisTiiE, enchalnè; îsmènie, Gabdes.

ÉGISTHE, dans le fond du théâtre, à IsmcrAe.

Est-ce là celle reine auguste et mallipuronse^

Celle de qui la gloire, el linforlune affn-use

Retenti*, jusqu'à nioi dans le fond des déserts? ISMKNiE. Rassurez-vous, c csl-clle. " {Elle aort.) ÉGiSTUE. 0 dieu de l'univers î

Dieu, qui formas ses traits, veille sur ton image!

La vertu sur le trône est ton plus digne ouvrage. MÉROPE. C'est là ce meurtrier? Se peut il qu'un mortel

Sous des dehors si doux ail un cœur si cruel ?

Approche, malheureux, el dissipe tes craintes.

Réponds-moi ; De quel sang les mains sont-elles teintes? lÊGiSTHE. 0 reine, pardonnez ; le trouble, le respect,

Glacent ma triste voix tremblante à voire aspect. A Euricles. Mon âme, en sa présence, étonnée, attendrie... MÉROPE. Parle. De qui ton bras a-t-il tranché la vie? ÉGiSTHE. D'un jeune audacieux, que les arrêts du sort

Et ses propres fureurs ont conduit à la mort. MÉROPE. D'un jeune homme! Mon sang s'est glacédans mes veines.

Ah!... T'élail-il connu?

ÉGISTHE. Non : les champs de Messènes,

Ses murs, leurs citoyens, tout est nouveau pour moi. MÉROPE. Quoi! ce jeune inconnu s'est armé contre loi?

Tu n'aurais employé qu'une juste défense ? ÉGISTHE. J'en atteste le ciel: il sait rnon innocence.

Aux bords de la Pamise, en un temple sacré.

Où l'un de vos aieux, Hercule, est adoré.

J'osais prier pour vous ce dieu vengeur des crimes :

Je ne pouvais offrir ni présents ni victimes ;

Né dans la pauvreté, j'offrais de simples vœux.

Un cœur pur et soumis, présent des malheureux.

11 semblait que le dieu, touché de mon hommage,

Au-dessus de moi-même élevât mon courage. •*

Dtux inconnus armés m'ont abjrdé soudain,

L'un dans la fleur des ans, l'autre vers son déclin.

Quel est donc, m'ont-ils dit, le dessein qui te guide?

Et quels vœux formes-tu pour la raced'Alcide ?

L'un et l'autre à ces mois ont levé le poignard.

Le ciel m'a secouru dans ce trisie hasard :

Cette main du plus jeune a puni la furie ;

Percé de coups, madame, il est to.nbé sans vie;

L'autre a fuit lâchement, tel qu'un vil assassin.

Et moi, je l'avouerai, de mon sort incertain,

Ignorant de quel sang j'avais rougi la terre,

(rraignanl d'élre puni d un meurtre involontaire^

J'ai traîné dans les flots ce corps ensanglanté.

Je fuyais; vos soldats m'ont bientôt arrêté :

Us ont nommé Mérope, et j'ai rendu les armes. EURVCLÈs. Eljl madame, d'où vient que vous versez des larmes? WÉuoPE. Te le dirai-je ? hélas! tandis qu il nVa parlé.

Sa voix m'attendrissait; tout mon cœur s'est troublé.

Cresphonie, ô ciel !... j'ai cru... que j'en rougis de honte !

Oui, j'ai cru démêler queliiues traits de Cresphonie.

Jeux cruels du hasard, en qui me montrez -vous

Une si fausse image et des rapports si doux?

Affreux ressousenir, quel vain songe m'abnse ! EuaïCLES. Rejetez donc, madame , un soupçon qui l'accuse ;

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