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SCÈNE IV. — MÉROPE, ISMÉNIE

ISMÉNIE. L'État n'est point ingrat; non, madame : on vous aime, On vous conserve encor Ihonneur du diadème : On veut que Polyphonie, en vous donnant la main^ Semble tenir de vous le pouvoir souverain.

MÉROPE. On ose me donner un tyran qui me brave. On a trahi le Qls , on fait la mère esclave!

ISMÉNIE. Le peuple vous rappelle au rang de vos aieux ; Suivez sa voix, madame, elle est la voix des dieux.

MÉROPE. Inhumaine, tu veux que Mérope avilie Rachète un vain honneur à force d'infumie!

SCËNE V. — MÉROPE, EURYCLÈS, ISMÉNIE.

EURYCLÈS. Madame, je reviens en tremblant devant vous : Préparez ce grand cœur aux plus terribles coups ; Rappelez votre force à ce dernier çutrage. MÉROPE. Je n'en ai pl'is : les maux ont las^é mon courage; Mais n'importe, parlez.

EURYCLÈS. C'en est fait; et le sort...

Je ne puis achever,

MÉROPE. Quoi! mon fils!

EURYCLÈS. Il est mort.

Il est trop vrai : déjà cette horrible nouvelle Consterne vos amis, et glace tout leur zèle. MÉROPE. Mon fils est mort!

ISMÉ.NIE. 0 dieux!

EURYCLÈS. D'indignes assassins Des pièges de la mort ont semé les chemins. Le crime est consommé.

MÉROPE. Quoi ! ce jour, que j'abhorre, Ce soleil luit pour moi! Mérope vit encore! Il n'est plusl Quelles mains ont déchiré son flanc? Quel monstre a répandu les restes de mon sang? EURYCLÈS. Hélas! cet étranger, ce séducteur impie, Dont vous-même adjuriez la vertu poursuivie; Pour qui tant de pitié naissait dans votre sein, Lui que vous protégiez !...

MtROPE. Ce monstre est l'assassin !

EURYCLÈS. Oui, madame; on en a des preuves trop certaines : On vient de découvrir, démettre dans les chaînes Deux de ses compagnons qui, cachés parmi nous.

Cherchaient encor Narbas échappé de leurs coups

Celui qui sur Egisthe a mis ses nuin? hardies,

A pris de votre fils les dépouilles chéries ,

L'armure que Narbas ernjjorta de ces lieux : (0/ï apporte cette armure dans le fond du Ihéâlrc.)

Le traître avait jeté ces gages précieux,

Pour n'être point connu par ces marques sanglantes. JJKROPE. Âh ! que me dites-vous ? Mes mains, ces mains trcinblautc3

En armèrent Cresphonte, alors que de rues bras

Pour la première fois il courut aux combats.

0 dépouille trop chère, en quelle main livrée!

Quoi! ce monstre avait pris celle armure sacrée? EURYCLÈs. Celle qu'Egisthe même apportait en ces lieux. MÉROPE. Et teinte de son sang on la montre à mes yeux !

Ce vieillard qu'on a vu dans le temple d'Alcide... EURYCLÈS. (rétait Narbas ; c'était son déplorable guide ;

Polyphonie l'avoue.

MKROPE. Affreuse vérité!

Hélas! de l'assassin le bras ensanglanté,

Pour dérober aux yeux son crime et son parjure,

Donne à mon fils'sanglant les flots pour sépulture !

Je vois tout. 0 mon fils, quel horrible destin ! EURYCLÈs. Voulez-vous tout savoir de ce lâche assassin? SCÈNE VL — MÉROPE, EuRYCLÈs, IsMÉNiE, Erox, Gardes de PoLYPiioNTE. ÉROX. Madame, par ma voix, permettez que mon maître,

Trop dédaigné de vous, trop méconnu peut-èLre,

Dans ces cruels moments vous offre son secours.

Il a su que d'Egisthe on a tranché les jours ;

Et cette part qu'il prend aux malheurs de la reine... WÉROPE. Il y prend part, Erox, et je le crois sans peine;

Il en jouit, du moins, et les destins l'ont mis

Au ttône de Cresphonte, au trône de mon fils. ÉRox. Il vous offre ce trône ; agréez qu'il partage

De ce fils qui n'est plus, le sanglant héritage,

Et que, dans vos malheurs, il mette à vos genoux

Un front que la couronne a fait digne de vous.

Mais il faut dans mes mains remettre le coupable

Le droit de le punir est un droit respectable ;

C'est le devoir des rois : le glaive de Tliémis,

Ce grand soutien du trône, à lui seul e:-t commis ;

A VOUS; comme à son peuple, il veut rendre justice.

Le sang des assassins est le vrai sacrifice

Qui doit do votre hymen ensanglanter l'autel. MÉnoPE. Non, je veux que ma main porte le coup morleL

Si Polyphonie est roi, je veux que sa puissance

Laisse à mon désespoir le soin de ma vengeance.

Qu'il règne, qu'il possède et mes biens et mon rang :

Tout l'iiO:."'.!5*4r que je veux, c'est de \enger mon sang.

Ma main est à ce prix ; allez, qu il s'y prépare :

Je la retirerai du sein de ce barbare.

Pour la porter fumante aux autels de nos dieux. ÉROX. Le roi, n'en doutez point, \ a remplir tous vos vœux.

Croyez qu'à vos regrets son cœur sera sensible.

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