‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 16 sur 284 · SCÈNE V. — Œdipe, Piiiloctéte, Joc aste · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — Œdipe, Piiiloctéte, Joc aste

ŒDIPE. Ces derniers mots me rendent immobile :

Je ne sais où je suis, ma fureur est tranquille :

Il me semble qu'un dieu descendu parmi nous,

M;iUre de mes Iransporis, enchaîne mon courroux,

Et prêtant au ponlil'c une force divine,

Par sa terrible voix m'annonce ma ruine. piiii.ocTETE. Si vous n'aviez, Seigneur, à craindre que des rois,

l'hiloclcle avec vous combattrait sous vos lois;

Mais un prêtre est ici d'autant plus redoutable

Qu'il vous perce à nos yeux par un trait respectable.

Fortement appuyé sur des oracles vains.

Un poîUife est souvent terrible aux souverains:

Et, dans son zèle aveugle, un peuple opiniâtre.

De ses liens sacrés imbécille idolâtre,

Foulant par piété les plus saintes des lois,

Croit honorer les dieux en trahissant ses rois ;

Surtout quand l'intérêt père de la licence.

Vient de leur zèle impie enhardir l'insolence. CCDIPE. Ah! Seigneur, vos vertus redoublent mes douleurs:

La grandeur de votre âme égale mes malheurs ;

Accablé sous le poids du soin qui me dévore.

Vouloir me soulager, c'est m'accabler encore.

Quelle plaintive voix crie au fond de mon cœur?

Quel crime ai-je commis? Est-il vrai, dieu vengeur? jocASTE. Seigneur, c'en est assez, ne parlons plus de crime ;

A ce peuple expirant il faut une \ictime

Il faut sauver l'Etat, et c'est trop différer

Épouse de Laïus, c'est à moi d'expirer;

C'est à moi de chercher sur l'infernale rive

D'un malheureux époux l'ombre errante et plaintive ;

De ses mânes sanglants j'apaiserai les cris;

J'irai... Puissent les dieux, satisfaits à ce prix,

Con lents de mon trépas, n'en point exiger d'autre,

El que mon sang versé puisse épargner le vôtre.! œoiPE. Vous mourir, vous. Madame! ah ! n'est-ce point assez,

De tant de maux affreux sur ma tête amassés >

Quittez, reine, quittez ce langage terrible ;

Le sort de votre époux estdéjà'trop terrible;

Sans que, de nouveaux traits venant me déchirer,

Vous me donniez encor votre mort à pleurer.

Suivez mes pas, rentrons; il faut quej'éclaircisse

Un soupçon que je forme avec trop dejusiice.

Venez.

joc.\STE. Comment, Seigneur, vous pourriez...

CEDiPE. Suivez-moi,

Et venez dissiper ou combler mon effroi.

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